‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 100 sur 264 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Struits de l’armée française, à la fois fin lettré et savant militaire, sut apprécier tout de suite la rare distinction d'esprit de Paul-Louis Courier, son intelligence, sa supériorité sur ses camarades. [1 le traita en ami et flatta ainsi la secrète vanité de l’érudit dont les occupations littéraires avaient élé, jusqu’à ce jour, peu goûtées des chefs sous lesquels 1l avait servi.

Ce fut le moment le plus heureux de sa vie militaire, et, bien que l’idée de quitter son métier eût déjà germé dans son cerveau, il crut avoir de bonnes raisons pour rester au service encore quelque temps. Toutes les lettres de cette époque, que nous avons pu lire, expriment la satisfaction qu'il ressent. Il n’est pas jusqu'aux avantages pécuniaires, dont il jouit, qui ne soient pour lui une cause de contentement. Ecrivant à son vieil et cher ami Dalayrac, qu'il n'avait pas revu depuis son départ précipilé de Toulouse, il apprécie son sort présent en ces termes : « Je m'aban- «donne à la fortune, content qu’elle ne me- mette jamais «trop haut ni trop bas. Ma position actuelle n’est pas dé- « sagréable, je suis bien payé, peu occupé. Je ne désire « rien de mieux ». Il ajoute, avec une philosophie souriante et spirituelle : « La peste règne aux environs. Mais je suis si sec que je la défie de trouver prise sur moi. Les ftaliens jaloux nous poignardent quelquefois, mais je suis trop laid pour leur faire ombrage. Les brigands nous dépouillent, mais je prends de justes mesures pour n'avoir jamais d’ar-

gent! ».

d'état-major de l'artillerie me donne quelques avantages; je suis bien avec le général Saint-Cyr, qui commande l’armée ». Lettre à M. Lejeune. « Le général en chef est un homme de mérite, savant, le plus savant dans l’art de massacrer que peut-être il y ait, bon homme au demeurant, qui me traite en ami ». Lettre à M. Dansse de Villoison, 8 mars 1805.

1 Cefte lettre à Dalayrae, qui est du 24 mars 1805, ne figure pas

En dehors des avantages matériels, dont il parle dans cette lettre, la principale cause de satisfaction vient pour jourier des agréments du pays qu’il habite et où il a tout à souhait, l’art, l’antique, la nature. Quel plaisir pour un lettré comme lui que de parcourir à pied ou à cheval, toujours en flânant, des contrées où, à chaque pas, s’éveillent en vous des souvenirs classiques. Sa passion pour les inscriptions et les autres vestiges du passé était heureusement servie par ses fonctions de chef d'état-major, qui lui permettaient de visiter des villes comme Brindes, Tarente, Gallipoli, Canosa, où l’on ne pouvait fouiller que l’on ne déterrât des tombeaux, des vases bien conservés. Tel était l'avantage du « harnais » qu'il portait au cours d’excursions que l’on doit regarder comme de véritables promenades archéologiques *.

Quelques mois après son arrivée à Barletta, Courier fut invité, le 10 ventôse an XIIL?, à fournir un état de ses services. [1 s’en acquitta tant bien que mal, comme le prouve la pièce que nous publions ci-après et que nous avons retrouvée dans son dossier aux archives administratives du ministère de la guerre. On reconnaîtra, en y jetant un coup d'œil, Les habitudes de négligence et de désordre de notre officier qui, n’ayant, ainsi qu'il le déclare, conservé aucun papier ne peut marquer les dates précises de ses services. C'est ainsi qu’il ne peut dire où il a servi comme capitaine en premier; d'autre part, on ne trouve point trace, dans

dans l’édition Sautelet au recueil des « Lettres inédites ». Elle est donc fort peu connue; c’est pourquoi nous n'avons pas craint de prolonger la citation.

! «de dois à ces courses des observations, des connaissances, des idées que je n’eusse jamais acquises autrement », à Chlewaski. — « Ici, j'étudie mieux que je n'ai jamais fait et du matin au soir », à Dansse de Villoison.

? On voit que le calendrier républicain n’était pas encore abandonné.

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