CHAPITRE IX
sans cesse contre notre ambassadeur Alquier, et que le ministre de la Guerre Berthier le félicita de la bonne conduite de ses troupesi.
La situation était pourtant difficile pour la petite armée française jetée si loin de ses points d'appui et menacée de tous côtés. En face d’elle, elle voyait un corps russe de 20.000 hommes qui occupait Corfou. Le bruit courut même que la cour ayant traité avec le Czar, les Russes allaient venir occuper Naples.
Cest en vain que la reine Caroline cherchait à endormir la vigilance de Saint-Cyr, en l’assurant par des lettres autographes de sa bonne foi ?. Elle faisait sous main des préparatifs militaires et rassemblait des milices, si bien que l'Empereur ayant la preuve de sa duplicité, fit prévenir Saint-Cyr par le ministre de la Guerre Berthier de n’ajouter aucune espèce de foi aux protestations de cette princesse qui s'était flatitée, dans une lettre interceptée, de faire égorger les 15.000 Français occupant ses États *.
Au début de septembre 1805, le général reçut un important plan de campagne où il lui était prescrit de s'emparer de Naples, d’en chasser la cour et d’anéantir l’armée napolitaine:. Sa conduite ultérieure devait dépendre de celle des Russes et des Anglais. Ainsi Courier n'avait pas tort d'envisager la guerre comme imminente®. Pourtant la conquête du royaume des Deux-Siciles devait se trouver diffé-
1 Gouvion-Saint-Cyr, Mémoires, Pièces justificatives, n° 74.
2 « Nous ne souhaitons que la tranquillité, bonne harmonie et «sommes incapables de manquer à la bonne foi et loyauté dont « nous faisons profession. Je vous prie donc, mon général, de « croire aux assurances que le prince « de » Cardito vous fera en « notrenom ». Gouvion-Saint-Cyr, Mémoires, Pièces justif., n° 81.
3 fbid. Piècesjustif., n° 83. Lettre de Berthier à Saint-Cyr, 21 janvier 1805. |
* Jbid. Pièces justif., no 86.
5 Lettre à M. Lejeune, 24 mai 1805.
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rée, étant subordonnée aux autres parties du vaste plam militaire que Napoléon avail formé.
Mais si l'offensive française ne se produisit pas, notre armée, menacée de divers côtés, devait faire bonne garde : une flotte était partie d'Angleterre avec des troupes de débarquement; on supposait qu'elle allait se joindre aux Russes qui occupaient Corfou pour jeterà la merles troupes du général Saint-Cyr.
Au milieu de ces alertes, c’est-à-dire sur la fin de maï 1805, Napoléon était venu à Milan se faire couronner roi d'Italie. Gouvion-Saint-Cyr, qui avait failli ne pas assister à cette cérémonie, put cependant s’y rendre, la menace d’une guerre imminente étant conjurée à ce moment précis. Mais il n’emmena point Courier, aux yeux duquel il avait fait luire l’espérance de ce beau voyage. Pendant que le général s’entretenait avec l'Empereur des plans d’une guerre qui allait de nouveau bouleverser l'Europe, le chef d'état-major de l'artillerie dut demeurer à Tarente, tout entier à ses études sur Xénophon dont il mettait en pratique Les prescriptions relatives à l’art du cheval. Toutefois il ne devait plus y rester longtemps et le voyage à Milan fut remplacé par une belle promenade militaire poussée jusqu'aux alentours des lagunes de Venise.
Tandis que Napoléon se trouvait dans la capitale de la Lombardie, la Cour de Naples lui envoya le marquis de Gallo, chargé d'implorer un allègement aux charges qui résullaient pour elle de l'entretien d’une armée francaise. De Talleyrand s’aboucha avec cet ambassadeur et négocia une convention, signée le 21 septembre, en vertu de laquelle le roi des Deux-Siciles s’obligeait à garder une stricte neutralité, tandis qu’en retour les troupes d'occupation seraient retirées. C’était une adresse de la diplomatie française, cetle armée de la Pouille; qu’on avait l’air de rappeler d’une façon si bénévole, allant devenir fort nécessaire dans la Haute-[lalie, et son départ devant bientôt exposer