CHAPITRE IX
Mais l’admirable précision des manœuvres de Gouvion- Saint-Cyr sauva la situation. Par son ordre, la division Reynier, avec laquelle marchait Paul-Louis', partit de Novale le 24 novembre, à trois heures du matin, pour aller attaquer l’ennemi. La rencontre eut lieu entre sept et huit heures, en avant du village de Resana, sur une position avantageuse pour les Français. Ils dominaient en effet la route suivie par les Autrichiens. L’artillerie établit ses batteries à droite de cette route, après avoir abattu des ta: lus de terre et monté les pièces sur une petite élévation. Bien que Courier ne soit nommé dans aucun document historique, cette heureuse disposition pourrait avoir élé son œuvre. Le feu des pièces fit de grands ravages à l'artillerie et aux équipages des ennemis qui se trouvaient en contre-bas et étaient en désordre.
Saint-Cyr, qui venait appuyer son lieutenant, lui détacha le colonel Grabinski, avec deux bataillons polonais. Grâce à ce renfort, Reynier put opérer un mouvement décisif qui, plaçant l'ennemi entre deux feux, aboutit à la prise de 2.500 hommes el de l'artillerie; il était onze heures du matin. Pendant ce temps, Saint-Cyr réduit à un seul bataillon polonais arrivait devant Castelfranco et faisait poser les armes à 3.000 Autrichiens. Le succès de la journée était complet”; dans un rapport adressé le jour même au géné-
1 Elle comprenait le 10° de ligne et le 6° chasseurs à cheval, les 562 et 62° de ligne, une compagnie d'artillerie légère, une demicompagnie de sapeurs.
? Avec beaucoup de simplicité, Gouvion-Saint-Cyr fait en ces termes le récit de la journée, dans une lettre à Masséna : Ce corps (celui du prince de Rohan) était d'environ 7.000 hommes d'infanterie et 1.200 chevaux; il était par conséquent plus fort que le corps dont j'ai pu disposer pour le combattre; mais les troupes ont montré une si grande valeur que la victoire n’a pas été longtemps douteuse; 6.000 hommes, 1.000 chevaux, le général prince de Rohan commandant le corps, plusieurs colonels, beaucoup
ral en chef, le vainqueur rendait hommage à la valeur et à l'intelligence de Reynier, sans nommer malheureusement aucun autre officier. Il est donc muet sur le rôle de Courier, lequel dut être honorable. C'était l'affaire la plus chaude à laquelle il dût assister durant tout son séjour en Italie. Parmi tant de braves gens qui firent courageusement leur devoir, tout indique qu'il ne demeura point en arrière des autres. J’invoquerai pour le prouver lempressement qu’il met à parler du combat à ses amis et à railler la paresse d’un certain Aimé qui « apprit dans son litqu'on s'était battu’ ». On ne s'exprime point ainsi sur le compte des autres, quand on a quelque lâcheté à se reprocher; ce serait trop imprudent. Etenfin Courier peut écrire le lendemain de ce jour, avec un peu de forfanterie, mais sans crainte d’être démenti, qu’il a de la gloire plein sa poche*.
d'officiers, sept drapeaux, douze pièces de canon, leurs caissons et beaucoup de bagages sont restés en notre pouvoir ». G.-Saint- Cyr. Mémoires. Pièces justificatives, n° 96.
! À M. Poydavant, commissaire ordonnateur, 25 novembre
? Ibid. « Il faut se payer de lauriers qui heureusement coûtent peu. Pour moi, j'en quitte ma part; Pai de la gloire in culo comme disent les [taliens, ou plus poliment in tasca ».