L'EXPÉDITION DE CALABRE
Bataille de Campo-Tenese. — Arrivée à Reggio. — Mission de Courier à Tarente. — Ses tribulations. — Le terrible passage de Corigliano. — Disgrâce de Courier. — Le désastre de Sainte-
Euphémie. — Retraite de Reynier. — Courier rejoint l’arméele 7 août. — Il compose le Récit de la bataille de Sainte-Euphémie et de la retraite. — Exactitude de Courier historien.
La victoire de Castelfranco, où la petite armée de Gouvion-Saint-Cyr avait triomphé de forces supérieures, allait être suivie d'événements bien faits pour exalter l’orgueil des Français. Le 2 décembre en effet, leur Empereur remportait à Austerlitz sur les Austro-Russes sa plus belle victoire. La défaite des plus grandes puissances militaires du continent, l’humiliation de la Prusse, et l'alliance des princes qui allaient former la confédération du Rhin permirent à Napoléon de continuer son système d’annexions arbitraires et de confiscations. La reine Caroline ayant, au mépris du traité conclu avec la France, laissé une flotte anglaise aborder dans ses États, le décret de Schœænbrunn déclara que «la dynastie des Bourbons de Naples avait cessé de régner ». L'Empereur décida dès lors
1 97 décembre 1 805.
de donner la couronne vacante à son frère Joseph, qui dut aller prendre à Rome le commandement d'une armée d'invasion portée à un effectif de 45.000 hommes. Masséna, chargé de réunir ces troupes, devait remplir auprès de Joseph les fonctions effectives de commandant en chef, dont le prince posséderait les attributs honorifiques. Ainsi, observe un contemporain, la dynastie nouvelle s'appropriait les usages et les façons des vieilles monarchies qu’elle venait remplacer sur les trônes d'Europe.
Saint-Cyr fut mal récompensé de sa victoire. On lui avait d’abord confié la direction de cette armée, puis il apprit qu’il serait encore subordonné à Masséna. Justement froissé de ce manque d’égards, il partit pour Paris, où il reçut l’ordre de retourner auprès de Joseph qui l’accueillit avec beaucoup de distinction. Il fut alors appelé à commander le corps d'armée de la Pouille.
Courier n'accompagna pas le général sous lequel ilavait servi avec zèle jusqu'à Castelfranco.
Au lendemain de la bataille, il s'était replié sur Padoue et Bologne avec sa faible artillerie. Affecté à l’armée qui devait conquérir les États napolilains et attaché au corps de Reynier, il rejoignit ce général à Spoleto, le 15 janvier.
Courier ne se trouvait plus qu'à quelques lieues de cette Rome qu’il n’avait pas revue depuis la capitulation des Français de 1799, et où il brûlait toujours de reveair. Quand il quitta la Pouille pour suivre Gouvion-Saint- Cyr dans la Vénétie, il s'était flatté de pouvoir faire un crochet sur Rome et d'avance il s’y faisait adresser des lettres’; mais son espoir avait été déçu par la fermeté du
général, qui ne permettait pas à ses subordonnés de s'offrir de ces promenades.
‘ Lettre à M. Leduc aîné. « Je t'ai écrit trois fois depuis notre départ de la Pouille. Je te marquais de m'adresser tes lettres à Rome, mais Je n’ai pu y passer ». Edit. Sautelet, I, p. 86.