‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 106 sur 264 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Cette fois, son itinéraire était d'accord avec ses désirs : la route la plus directe de Spoleto à Naples passait par Rome. IL s’y arrêta donc quelques jours et revit ses amis : l'abbé Marini, d’Agincourt, Mme Marianna Dionigi. Au départ, qui sonna trop tôt pour cet amoureux de la Ville Éternelle, il confia à cette dame, si bonne et si simple, ses bagages contenant des habits et du linge, mais surtout ses papiers el ses livres ; car, allant combattre dans un pays livré aux brigands, il éprouvait le besoin de laisser ces effets en lieu sûr. S'il fut sage, l'événement ne tarda point à le montrer, puisque les hardes qu'il avait dû emporter, et jusqu’à ses livres de poche, comme l'Iliade qu'il tenait de l'abbé Barthélemy, lui furent dérobés par les bandits de la Calabre.

En sa qualité d’artilleur, Courier relevait directement du général Dulauloy, à qui appartenait le commandement en chef de l'artillerie de cette armée. Dulauloy s'était déjà trouvé sous les ordres de Masséna à Gorizia, et l'on comprend que le maréchal, appelé à diriger l’armée qui allait envahir le royaume de Naples, l’aitgardé avec lui; d'autant qu'il se recommandait auprès de ses chefs par ses qualités aimables. Griois, qui allait servir sous ses ordres dans cette nouvelle campagne, le juge toutefois un très mauvais général". Mais il était gai, spirituel, bon vivant, et par là il plut à Courier qui n’aimail pas à servir avec des supérieurs maussades ou grincheux. Bientôt s'établit entre le général et le chef d’escadron une amitié qui alla jusqu à prendre le caractère de la camaraderie la plus familière. Peu rigoureux pour le service, Dulauloy se montra fort indulgent pour Courier; il « approuva sa conduite? » dans une occasion où celui-ci avait tenu tête à l’aide de camp du

1 Mémoires de Griois. Introduction, page 13.

2? À. M. le général Dulauloy. — Cassano, 12 août 1806.

roi Joseph, et il le soutint de son mieux contre ses eñnemis. |

Il l’entretenait de ses bonnes fortunes et soumettait même à son subordonné certains petits problèmes de stratégie amoureuse’, par où il apparaît que le général et le chef d’escadron avaient fait campagne ensemble sous les enseignes de la déesse de Cythère. C'était à cette époque un aimable compagnon de plaisir que Paul-Louis; sa conversation spirituelle et sa verve cynique lui avaient valu une joyeuse réputation dans l’armée où il servait; dès lors, on est moins surpris qu’un général viveur et coureur de femmes ? aitpris pour confident celui qui passait pour si expert en bonnes fortunes. Nulauloy et Courier firent surtout, en Calabre, des conquêtes amoureuses ; elles leur étaient facilitées par la victoire des armes françaises qui fut, au début de la campagne, rapide et éclatante.

L’armée d’invasion, partie de Rome, ne rencontra d'obstacle nulle part. Le 12 février, Capoue, sans même essayer de se défendre, ouvrit ses portes aux Français qui, dépourvus de canons, auraient été fort en peine d'en faire le siège. Le 14, ils entrèrent triomphalement à Naples.

On donna alors aux troupes quelques jours de repos que Courier mit surtout à profit pour se divertir et courir les aventures. Les Napolitains, fuyant devant notre armée, se retiraient vers le sud, tandis que le roi Ferdinand gagnait précipitamment la Sicile, dont il essayait d'organiser la défense de concert avec les Anglais*. IL fallait poursuivre

! Voir notamment la lettre de Courier au général, du 28 mai 1806 (in fine), « croyez-moi, vos affaires ne vont point si mal. On vous écoute; c'est beaucoup : femme qui prêté l’oreille prêtera bientôt autre chose ».

* En lisant les Mémoires de Griois, on voit que Dulauloy n’est pas une exception et que nos officiers faisaient marcher de front les conquêtes guerrières etles conquêtes amoureuses.

* Mémoires du général Pépé.

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