‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 107 sur 264 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

la conquête du pays : l'armée française se divisa donc : une partie des forces qui la composaient restant à Naples, une autre partie alla mettre le siège devant la forte place de Gaète qui, soutenue par la flotte anglaise, résista de longs mois aux efforts des assaillants. Enfin, le corps de Reynier fut dirigé sur la Calabre, où la cause du roi conservait ses partisans les plus ardents et les plus résolus.

Courier, qui aurait pu rester à Naples’, ou servir devant Gaète, sous les ordres du général d'artillerie Dedon, préféra suivre Reynier et demanda à faire partie d’une expédition dont personue ne voulait être*. Il devait plus lard regretter bien vivement d’être venu à celte armée ; et il est certain que la campague de Calabre, loin de servir à son avancement, jeta sur le reste de sa carrière le plus fàcheux discrédit. Pourquoi donc voulut-il l’entreprendre? Nous n’hésitons point à penser que le rêveur et le lettré qu'il y avait en Courier ne sont point étrangers à une décision que plus lard l'officier devait déplorer si fort. L'imprévu, les aventures, la beauté du pays, ses antiquités grecques et ses grands souvenirs classiques le sollicitaient. Mais aussi, il faut avouer que la personne du général Reynier l'attira. C'était, à ce moment, un homme simple, encore modeste, qui trailait son subordonné en frère d’armes suivant la coutume des armées révolutionnaires. Or, Paul- Louis, issu d’une famille toujours très indépendante à l'égard des grands, abhorrait cette étiquette nouvelle, inconnue des Hoche et des Desaix, que le régime impérial faisait régner dans les armées. De même qu'à l'exemple des chefs de l’armée du Rhin, il ne craignait pas de témoigner une camaraderie de bon aloi à ses subordonnés, fussent-ils

1 Du moins il affirme : « Pouvant rester à Naples et me donner du bon temps... ». Lettre à M..., 25 juin 1806.

2 À. M. Leduc. — Mileto, 18 octobre 1806.

simples sous-officiers', ainsi voulait-il ne pas être traité par ses supérieurs avec une hauteur méprisante, qui commencait à devenir fort de mode dans le commandement.

De là cette violente altercation qu'il eut en 4807 avec le général Dedon. 11 remarqua d’ailleurs avec finesse que cette arrogance brutale des chefs, autorisée par « l’usage actuel », fut surtout le fait de parvenus, chez qui les honneurs militaires n'avaient pu décrasser le cuistre. Des gens de bonne naissance, ci-devant nobles ou bourgeois, comme Lariboisière et Gouvion-Saint-Cyr, ou bien avaient gardé la politesse un peu cérémonieuse — et fort démodée — de l’ancien régime, ou avaient appris aux armées de la République la simplicilé et la vraie fraternité militaire. Courier, qui poussait l'indépendance jusqu’à vouloir choisir ses chefs, ne prenait goût au service que sous des généraux bienveillants et courtois. Il haïssait chez eux la morgue insolente des façons nouvelles et, par dessus tout, le type soudard lui était odieux? 11 s’attacha donc à Reynier qui lui pa rut « bon homme au fond » et disposé à le traiter « non en prolecteur mais en ami ».

Le corps d'armée de ce général était composé des 6° et 42° régiments d'infanterie de ligne, des 1°" et 23° d’infanterie légère, d’un bataillon suisse, de la légion polonaise et du 9° de chasseurs à cheval*. L’artillerie, commandée non pas par Courier, comme certaines de ses lettres pourraient le faire croire, mais par Griois, comprenait la 2° compagnie du 1° régiment d'artillerie à cheval, et « la moitié de

! Qu'on se rappelle le ton de la lettre de Courier à Costolier, et le genre de service qu'il rend à ce maréchal des logis. Édit. Sautelet, page 84. 5

* Relire sa lettre cinglante au brutal et grossier général Dedon. Naples, 25 juin 1807.

* Griois, op. cit. Le corps de Reynier était le 3° corps de l’armée de Naples.

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