‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 108 sur 264 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

deux compagnies du 2° régiment à pied’ », sans oublier « quatorze ouvriers d'artillerie ». Ces forces presque dérisoires ne comportaient pas un second commandant sous les ordres du major Griois.

Nous voyons en effet que celui-ci n’était assisté que par son adjoint ie capitaine Petit du Chastenay?. Par conséquent, Courier n'ayant pas d’emploi déterminé dans l’artillerie de ce corps d’armée, faisait du service auprès de Reynier, hors de son arme. « Pour être quelque chose, écrit-il, je suis officier d'état-major, aide de camp, tout ce qu’on veut : loujours à l'avant-garde, crevant mes chevaux et me chargeant de toutes les commissions dont les autres ne se soucient pas” ». C’est pour lui trouver une occupation qu'on l’envoya à Tarente et qu'on lui donna une mission qui lui causa tant de désagréments. Mais Courier ue pouvait s’en prendre qu'à lui seul, qui avait voulu accompagner Reynier en Calabre, sans fonctions précises.

Pourtant ce service, le rapprochant du général en chef, et de tous les généraux, aurait pu le mettre en évidence et justifier chez lui l'espoir d’un rapide avancement. Mais les événements ne tournèrent point à son avantage. Les escarmouches de la Calabre, bientôt suivies du désastre de Sainte-Euphémie, causèrent tant de pertes, firent tant de vides dans les rangs de l’armée, que les officiers, qui avaient pris part à l'expédition, tombèrent dans un fâcheux discrédit*. Déçu bientôt, Paul-Louis comprit, mais un peu tard, qu’un service fait hors de son corps ne le recomman-

: Dépôt de la guerre. Arch. hist. Organisation de l’armée de Naples, juillet 1806.

2 Griois, op. cit., p. 285.

3 À Leduc; Mileto, 18 octobre 1806.

3 Voir Griois (Mémoires) quise plaint lui aussi d'avoir étéoublié, malgré la bienveillance que lui témoigna le roi Joseph.

derait jamais aux faveurs des généraux d'artillerie dont dépendait sa carrière.

Voyant ses espérances envolées, il se dégoûta vite decette expédition périlleuse et inutile. .

L'armée de Reynier partit de Naples et de Salerne, où était canlonnée l'artillerie, à la fin de février ; le 3 mars, on marcha en corps d'armée en prévision d’une rencontre avec l’ennemi, auquel notre avant-garde se heurta en effet le 6, près de Lagonegro. Trois jours plus tard, s’engagea une bataille plus sérieuse. Comme les Français gravissaient la rude montagne de Campo-Tenese, ils trouvèrent cn face d’eux les Napolitains, commandés par le général Damas, qui leur barraient la route. Une pluie froide, tombant depuis le matin, venait de se changer en une neige épaisse dont les flocons « empêchaient de bien reconnaître les forces et la position de l'ennemi ». Mais lorsque Reynier l’eut fait prendre en flanc par deux bataillons qui menaçaient sa droite, il se sauva « dans le plus grand désordre ». Ainsi les Napolitains, selon le mot de Courier, « avaient voulu comme se batlre », mais leurs velléités de résistance n'avaient pas tenu devantune manœuvre bien simple de notre général.

Ces deux faits d'armes insignifiants ayant disloqué les troupes régulières de Ferdinand suffirent à terminer ce qu'on pourrait appeler la conquête officielle du pays. Reynier put écrire au ministre de la Guerre que, tout ce qui n'avait pas été fait prisonnier, ou s’élait dispersé, ou s'était embarqué pour la Sicile*.

Ce soir-là, le vainqueur et son état-major parvenaient, après une marche de nuit à travers ravins et précipices, à gagner le bourg de Morano « où chacun se logea militai-

4 Griois, op. cit. ? Dépôt de la guerre. Armée de Naples. Rapport adressé au ministre de la Guerre son Exc. le Maréchal Berthier.

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