CHAPITRE LI. on
monie des vers louée chez Pindare par Despréaux, ne saurait être un mérite réel que lorsqu'elle s'ajoute à toutes les qualités d'imagination qu'on attend d’un poète. 11 déclarait que pour juger avec équité les odes triomphales, il faut connaître les circonstances au milieu desquelles l’auteur se trouvait placé. Il montrait enfin ce qu'il faut chercher dans ses odes, quelle en est la matière et combien elle apparaît aux vrais savants plus riche que ne le supposaient et Perrault et Boileau’. Toute cette défense de Pindare dénote une remarquable sagacité : mais que dire d’une traduction où, sous prétexte de démontrer l’enchainement des idées, Vauvilliers fait entrer et le texte même et les transitions qu’il croit ulile de rétablir et son propre commentaire? [se défend d’être tombé dans la paraphrase; il ne fait que nous offrir le terme même dont nous avons besoin pour condamner sa version ?. Mais elle a un autre
« fier, pour faire servir son éloge à l'instruction publique ou pour « l’instruire lui-même ». Le critique a bien vu, en somme, que les odes pindariques contiennent deux éléments essentiels : premièrement ce que l’on a pu appeler des actualités, c’est-à-dire tout ce qui concerne la victoire à célébrer et l'éloge décerné au vainqueur, et secondement un récit qui forme comme le noyau du poème. Il a négligé seulement d'indiquer que cette dernière partie emprunte presque toujours la forme du mythe, quiest, pour les poètes de la Grèce, « le miroir idéal de la vie humaine », selon le mot de M. Croiset.
1 Discours sur Pindare, en tête de la Traduction poétique des odes les plus remarquables de Pindare, par Vauvilliers. Nouvelle édition. Paris, Firmin-Didot, 1859.
? Pour juger la méthode de Vauvilliers, il suffira de comparer le célèbre début de la première Olympique à la version qu’il en a donnée : “Agrorov pèv Üwp, etc. « Principe générateur des êtres, « l’eau règne sur les éléments, et l’or brille entre les richesses qui « rendent le cœur de l’homme superbe, comme ces feux qui, s’al- « lumant à leur propre foyer, éclatent à travers les ombres de la «nuit». Vauvilliers affirme, dans une note, qu'il a rendu la pensée exacte du poète. Soit ; mais cela s'appelle expliquer et non traduire.
tort, encore plus grave, c’est de vouloir être « poétique ». Outre qu’il ne faut jamais forcer son talent, il importe de remarquer ce qu'on entendait alors par style poétique. C'est le style qui, aspirant à une noblesse de convention, évite soigneusement le terme propre et le remplace par des périphrases creuses et vagues ; c'est en un mot le style dont Delille a donné les modèles les plus fameux et les plus déplorables.
Comment Vauvilliers aurait-il eu un autre idéal poétique que son illustre confrère du Collège royal ? Ne croyez pas qu’ils’abaisse à nommer le soleil ou les étoiles ; le premier devientdans la même phrase «le Père du jour » ou « le Dieu qui dispense la lumière » ; les secondes sont appelées « les filles de la nuit »'. Nous avons cru devoir signaler le faux principe de cette traduction soi-disant poétique, à cause de l'effet désastreux que cette méthode put produire sur l’esprit du jeune Courier. Son maître lui donnait une leçon dangereuse, en lui laissant croire, par ses exemples, qu'il est permis d'accommoder au goût du jour les pensées et le style d’un auteur ancien. De même que son professeur de
1 Il dira de Phérénice, le cheval de Hiéron, que « la gloire de son maître était l’aiguillon de ses flancs généreux ». Le bassin où Clotho recueillit les membres dépecés de Pélops est désigné au moyen d'expressions forçées qui approchent du galimatias. Le texte de Pindare porte seulement :
Tod peyaobevs Éotooato yaudoyoc Iooe:dGv, éme! viv xaæood AéGnros deihe Kiwbw
» ’ / f: o / £AEDavTt OXidLOV LOV XEXAÔLEVOV.
Vauvilliers traduit : « Lieux toujours chers à l'amant d’Hippoda- « mie, ainsi vous vîtes jadis des coursiers, enfants des vents, por- «ter au comble de la gloire et du bonheur ce prince lydien que « Neptune honora de son amour, après que, par l’ordre des Dieux, « rendant une nouvelle vie à ses membres réparés dans l’instru- « ment même de leur destruction, Clothon eut ajusté son bras « dans une épaule d'ivoire ». On le voit, c'est du pur jargon!