CHAPITRE I
grec avait traduit Pindare dans le style de Jean-Baptiste Rousseau ou de Delille, ainsi Paul-Louis voudra plus tard rendre Hérodote et même Longus dans la langue d'Amyot et de Montaigne, et de ce que sa tentative, loin de nous choquer nous agrée, pour ce qu’il a mis en son œuvre de grâce rustique et de saveur archaïque, il n’en reste pas moins qu’il à pris avec ces auteurs des libertés qui les défigurent, el qu’en un mot il les a travestis. S'il y a lieu parfois de remonter de l’élève au maître pour établir certaines responsabilités, Vauvilliers est coupable d’avoir enseigné à Courier à déguiser les Grecs selon la mode du temps, en les habillant à la française, et nous exprimerons le regret que si l’helléniste eut de la valeur, l'homme de lettres, avec son goût arriéré et sa conception vieillotte du style, ait fait tort au savant,
Au moment toutefois où Paul-Louis reçut'ses premières lecoas, c’est-à-dire vers 1785 ou 1786, il n’était guère à même de juger la manière d'écrire de son professeur. Il ne put que se montrer flatté qu’un docte helléniste du Collège royal consentit à lui enseigner les beautés de la langue d'Homère; et Vauvilliers, grâce à sa méthode autoritaire et passionnée, dut faire sur l'esprit de l’enfant une impression profonde. Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Letires, depuis 1782, chargé de composer des notices pour les manuscrits grecs et latins de la Bibliothèque du Roi, il était alors dans tout l’éclat de sa renommée.
Avec un pareil maître, le jeune Courier aurait pu acquérir une vaste érudition, au bout de plusieurs années
1 Il s'occupait des manuscrits d’'Eschyle, touten publiant un ouvrage de vulgarisation intitulé : Abrégé de l’histoire universelle sacrée ou profane, ou recueil d’estampes gravées par les premiers artistes, représentant les sujets les plus frappants avec les explications qui s’y rattachent (2 vol. grand in-4°, 1787 à 1790). Il composait enfin des notes savantes pour l'édition du Plutarque d’Amyot publiée par Cussac (1783 à1787, 18 vol. in-8°).
de travail. Mais il se montra plus capable, dès cette époque, d'approfondir l'étude d’un texte que d'étendre le champ de ses connaissances. D'ailleurs, malgré le goût très vif qu'il montrait pour les langues grecque et latine il ne lui était pas possible de s’y consacrer entièrement. M. Courier veillait à ce que les mathématiques ne fussent pasnégligées par son fils; songeant {oujours à le diriger vers l'école du génie, il s'adressa au savant même qui, depuis l’année 1774, s'était fait une spécialité de la préparation des candidats à cette école, où les examens élaient réputés très sévères. Ce professeur, homme du plus grand mérite, s’appelait M. Callet. Il avait publié, à cette époque, une édition commode et exacte des Tables de logarithmes de Gardiner.
Ce fut vers la fin du mois d'avril 4787.qu'il donna sa première leçon à Paul-Louis. C'est ce dernier lui-même qui nous fait connaître celte date par une lettre adressée à son père alors absent de Paris'. Cette lettre d’un enfant de quinze ans, la première de celles qui furent publiées, n’est pas sans intérêt. Elle nous montre chez Paul-Louis un mélange de frivolité enfantine et de raison sentencieuse. En même temps elle révèle les relations très amicales de Paul-Louis avec son « cher papa ». Ce qui domine. en effet, c’est l'expression de la tendresse filiale pour un père qui avait su, sans compromettre son autorité, rester pour son fils un camarade. Paul-Louis avait perdu son serin et il en était tout affligé; mais il aurait consenti à une plus grande perte pour recevoir des consolations comme celles que M. Courier lui avait adressées. Ainsi les lettres de son père font sa joie et quatre pages de lui suffisent, quels que soient ses ennuis ou son dépit, à le calmer. Heu-
1 M. Courier était très probablement en Touraine où le soin de ses affaires l’appelait souvent. Pauli-Louis était resté à Paris avec sa mère.