‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 111 sur 264 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

celte jolie dissertation adressée à Chlewaski qui, par sa longueur, et le soin qu’elle dénote, ne prouve un homme bien dégagé de toute occupation professionnelle.

Voilà comment Courier, parti de Reggio le 21 avril, était encore à Tarente le 10 juin.

Il finit par expédier quelques bâtiments, charses d’artillerie, qui arrivèrent sans encombre à Crotone. Puis, jugeant sa mission terminée, il sembarqua à son tour, avec le capitaine Monval et deux canonniers, sur une polaque qui portait un dernier chargement de douze gros canons et d'autant d’afûts. Ce fut dans la nuit du 10 au 41 juin qu'on mit à la voile, car 11 s'agissait de tromper la surveillance des Anglais. Par malheur, quand le jour se leva, l’embarcation fut aperçue par un brick qui lui donna la chasse et ne tarda point à la gagner de vilesse. Laissons Courier conter cet incident banal de la guerre contre l’Angieterre, qui devait avoir de fâcheuses conséquences pour sa carrière militaire.

« Se voyant alors dans l'impossibilité de sauver le bâti- « ment, il ordonna au capitaine de faire ses dispositions « pour le couler, et se jeta dans la chaloupe avec l’équi- « page. Mais l’effet ne répondit pas à son attente; et, avant « de gagner la terre, il eut le déplaisir de voir les Anglais « s'emparer du navire abandonné. La chaloupe aborda à « lembouchure du Crati, près de l’ancienne Sybaris ».

Intelligence nette, cœur froid, Courier semble avoir pris facilement son parti de ce qu'il crut ne pouvoir éviter. Certes, on n'était plus, en 1806, à l’époque héroïque du vaisseau /e Vengeur; pourtant plus d’un camarade de Paul- Louis eût préféré la mort à la fuite. Cette constatation faite, nous pensons qu'au fond il fut sage de ne point ajouter à la perte des canons, celle des vies humaines qui lui étaient confiées, et dese résigacer à la retraite. Mais certains points restent dans le vague. IL est entendu que toute résistance était impossible; mais prit-on bien des dispositions pour

couler le navire? et quelles furent-elles? Courier n'ayant d’autre témoignage à redouter que celui de Monval, son subordonné et son ami, n'a-t-il point profité de la Circonstance pour altérer la vérité vu pour l’arranger à son avantage ?

Ces questions semblent devoir rester insolubles.

Mais s’il est difficile de juger exactement, faute de dépositionscontraires, la conduite de notreofficier dansla journée du 12 juin, on peutse faire une opinion assez nette sur la facon dont il s'acquitta de l’ensemble de sa mission.

Chargé de prendre à Tarente l'artillerie, dont l'armée avait un besoin pressant, il fit trainer l’opération en longaeur, parce que chez Paul-Louis l'officier était pour ainst dire subordonné à l’érudit, dont les voluptés rares passaient avant les nécessités du service. Il put d’ailleurs, pour sa défense, accuser formellement la cour d’avoir entravé son œuvre.

Quant à l'échec final, qui provint de ce que les Anglais prévenus surveillaient le golfe de Tarente, il s’en disculpe encore en affirmant que des indiscrétions furent commises. dans l’entourage du roi ou de Reynier.

Comme il quittait Reggio, le 21 avril, son hôte ne lui dit-il point : « Vous allez chercher de l'artillerie à Tarente » ? Et voilà le mystère dont le roi Joseph lui avait promis d’entourer.la mission qu’il lui confiait! Indiscrétions, désordre des états-majors, mauvais vouloir des uns, perfidie des autres contribuèrent à la faire échouer. Mais il faut avouer qu’un homme mieux doué sous le rapport de l'énergie et de la volonté, un Marbot ou un Haxo, aurait peut-être triomphé de tant d'obstacles.

Ayant échappé à la poursuite du brick anglais, Courier, Moaval et les deux canonniers, dont l’un se nommait Lefaivre, avaient pu atterrir à l'embouchure du Crati. A

deux lieues de là, ils apercevaient sur la hauteur la jolie petite ville de Corigliano.

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