‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 117 sur 264 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

teint presque ce degré de perfection où la trace du travail a disparu ! ».

Si l’auteur se donnait la peine de composer des morceaux si achevés c’est qu'il se proposait de les publier un jour; et c'est un fait très remarquable qu'il ail loujours pris soin de recopier des lettres écrites non seulement en voyage, dans une chambre d'auberge, mais parfois le soir d’une bataille, dans un coin d’un logis dévasté, sur un tambour ou sur un affût de canon.

Il conservait ainsi par devers lui des manuscrits de ses lettres, qui lui semblaient le salaire le plus précieux de sa vie aventureuse et la rançon la plus enviable des périls auxquels il avait été exposé? ; le prix qu'il y attachail était tel qu'il put bien se laisser prendre ses vêtements, ses armes, ses livres et jusqu’à son Homère, auquel il tenait tant, mais que les pillards Calabrais ne parvinrent point à lui dérober ses brouillons.

Déjà de simples lettres ne suffisent plus à satisfaire son activité intellectuelle et son besoin de peindre. Ce sont de véritables cahiers qu'il rédige pour quelques personnes jugées dignes d’un tel honneur, et dont l'approbation sera la récompense la plus flatteuse de l’auteur. Lors de son premier. séjour en ftalie, il s'était essayé à ces compositions en envoyant à Chlewaski une sorte de journal qui contient de piquantes descriptions de Rome occupée et violée par

1 Fr. Sarcey, Preface aux œuvres de P.-L. Courier, Edit. Jouaust.

2 Apartir de 1804, c'est-à-dire de son retour en itahe, où il allait assister à tant d'événements appelés à devenir historiques, Courier avait formé le dessein de conserver une copie deses lettres les plus importantes. Il a pu en garder ainsi une centaine de 1804 à 4812, pour lesquelles il a rédigé une courte Note, destinée à leur servir d’en-tête. Mais il est à remarquer qu'il est loim d’avoir pris copie de toutes celles qu'il écrivit pendant cette période si active de sa vie. [Il paraît d'ailleurs en avoir rédigé plusieurs de mémoire; ce ne sont donc pas de véritables copies.

les Français. De la Pouille, il adresse en 1805, à un vieil ami une vraie feuille de route de son voyage de Plaisance à Barletia; de Reggio, une aimable parisienne reçoit le plus joli journal qui se puisse écrire sur la Calabre aux mains des soldats de Reynier, avec l’esquisse « des scènes qui sy passent ». Ces essais nous montrent notre peintre en possession d’un cadre un peu plus large que la lettre, où il pourra placer des tableaux plus étendus et plus fouillés.

Or voici précisément que la Calabre vient d'être le théàtre d'événements graves et pathétiques; quelle belle occasion pour Paul-Louis d'essayer sa plume! Après l'avortement de son dessein de raconter l'expédition d'Egypte, il tentera de faire « l’histoire de la Grande Grèce, durant ces trois derniers mois ».

Il interroge donc les survivants de la déroute de Santa- Eufemia, se renseigne sur les douloureuses étapes de l’armée en retraite et rédige un nouveau journal, qu'il adresse à M. de Sainte-Croix, un des savants dont l’amitié l’honore le plus. La poste étant interrompue en Calabre, il charge une personne ! qui se rend à Paris, un officier vraisemblablement, de remettre au destinataire cet écrit placé sous enveloppe cachetée.

Sainte-Croix fit à cet essai historique l'honneur qu'il méritait : il le conserva avec soin parmi ses papiers et lorsqu'après son décès, survenu en 1809, M. de Sacy fut chargé de les classer et de détruire tout ce qui était sans intérêt, il respecta le manuscrit de Courier. C'est à cette circonstance que nous avons dù la bonne fortune de retrouver à la Bibliothèque nationale l'intéressant journal que tous les éditeurs du pamphlétaire croyaient perdu ?.

1 M. de la Ch.

* B. N. Franc. Nouv. acq. 301. Il ne faut pas se laisser abuser par ce mot de journal qu'emploie Courier : il s’agit seulement de quatre grandes pages in-4° couvertes de sa fine écriture; ces feuilles

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