‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 118 sur 264 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Or, dès qu'on y jette les yeux, l’on y remarque deux éléments distincts : 1° Des parties, jusqu’à nous inédites, qui ont trait à la bataille du 4 juillet, à l'attitude de Reynier et à sa retraite lamentable, enfin à la conduite des Anglais après la victoire ;

2° Des morceaux, d’un style très travaillé dans son apparente simplicité, relatifs aux tribulations de Courier en Calabre, tous fort connus des lecteurs et célèbres à juste titre.

Ainsi, Paul-Louis avait gardé copie d’une partie de sa lettre, maisd’une partie seulement ; le surplus, faute d’avoir été transcrit, selon une habitude contractée depuis longtemps, demeurait perdu pour lui; de sorte que, frustré luimême, il risquait de priver la postérité d’un morceau qu'il lui avait destiné.

Le morceau qui figure dans le recueil des Lettres inédites écrites de France et d'Italie‘, est donc une seconde version du journal adressé à Sainte-Croix. Elle est différente en ce sens qu’elle ne parle ni de la bataille de Sainte-Euphémie ni de Reynier, ni des Anglais; en revanche, elle se termine par un long développement sur la Calabre, les mœurs des habitants, le brigandage, la beauté du pays.

D'ailleurs, elle n’a pas pu être envoyée à Sainte-Croix, parce que sur plusieurs points elle fait double emploi avec la première : Courier l’a donc composée pour lui seul. Ainsi, nous surpreuons une de ses habitudes qui consiste à refaire pour lui-même des lettres déja expédiées à ses amis :on voit combien peu, en certains cas, la copie ressemble à l'original et l’on peut juger par là du peu desincérité de cette correspondance fameuse.

pliées en quatre ont été mises sous enveloppe, précaution que l’on prenait rarement à cette époque pour les lettres ordinaires. Voir le numéro de la Revue Bleue du 17 mars 1906, où nous avons publié cette lettre, inédite jusqu'alors.

‘ Edit. Sautelet, t. [, p. 144.

Mais voici unedifficulté plus singulière : la lettre publiée dans les œuvres de Courier mentionne l’autre, celle qui est réellement parvenue à Sainte-Croix’, par suite elle en établit l’antériorité. Or, elle n’est la seconde que par une fiction de l’auteur, puisqu'elle porte la date du 12 septembre, tandis que celle qui fut envoyée à Paris et que nous avons retrouvée, est datée du 2 octobre. Qui nous donnera la clé de ce mystère?

En réalité, les deux leçons doivent être contemporaines : les deux lettres furent en effet éerites à Mileto dans le courant de septembre?. Lisons maintenant celle qui est restée inédite, avec la préoccupation d'apprécier non seulement le talent du peintre mais encore la véracité de l'historien, qui prétend ruiner par son exactitude l’autorité des gazettes :

Mosstur,

« Depuis ma dernière lettre, à laquelle vous répondiîtes d'une manière si obligeante, il s'est passé ici des choses qui nous paraissent de grands événements, mais dont je crois qu’on parlera peu dans le pays où vous êtes. Quoi qu’il ea soit, vous, Monsieur, si vous voulez casus cognoscere nostros, ne vous en fiez pas aux gazeltes, mais à ce que je vais vous dire. C’est l’histoire de la grande Grèce pendant ces trois derniers mois.

« Les Anglaïs nous ont bien frotté (sic) et à bon marché.

«... Je vous envoie mon journal, c’est-à-dire un petit cahier, où J'ainoté en courant les horreurs et les bouffonneries les plus reremarquables dont j’ai été témoin. ». Ce début annonce donc une lettre d'envoi.

? Peut-être lejournal qui parvint à Sainte-Croix fut-il composé le premier. En tout cas, l’auteur n’y mit la dernière main que lorsqu'il dut le confier à la personne qui s’était chargée de le porter à Paris. Alors, il le recopia et, au-dessous de sa signature, il mit la date du 2 octobre, qui est celle du jour de l’expédition, sans se préoccuper de l'époque réelle de la composition.

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