‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 13 sur 264 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

reux l’éducateur qui recevait de ses soins el de sa sollicitude une telle récompense! Le professeur ne devait pas être moins satisfait du résultat de ses efforts : la lettre est d’un bon élève, quant au style qui a de la sobriété et de la tenue. Mais on sent trop l'effort qu’il fait pour bien écrire au détriment de la sincérité, qui débordait au début. Ce n'est pas de premier jet, mais d’après les livres, qu'il écrit cette étrange phrase : « Je ressemble aux amoureux pleins de chaleur qui ne peuventse consoler de leurs pertes que dans les bras de leur maîtresse ». Que dire de l'attitude prétentieuse et gravement utilitaire qu’il affecte dans la fin de cette lettre? Les beaux jets d’eau, les belles statues et les beaux arbres du palais de Sceaux, qu'il est allé visiter, lui semblent parfaitement inutiles à celui qui les possède «et s’il y avait du froment ou des pommiers, « cela ne serait pas si beau, mais cela vaudrait mieux ». Cet utilitarisme de mauvais goût était à la mode, à la veille de la Révolution, chez tous ceux, qui se piquaient de philosophie et d'amour du peuple. A quoi sert le beau si ce n’est à salisfaire le caprice des grands et des riches ? IL est clair que notre écolier est ici le reflet de son père, et qu’il parle d’après les auteurs qu'on lui à fait lire. Mais, comme il est difficile de se dégager plus tard des préjugés que l'éducation a fait naître en nous, on ne sera pas surpris de retrouver ces préoccupations utilitaires et cet esprit positif chez l’auteur des Pamphlets et particulièrement dans le « Simple discours* ».

Ainsi se formait l’homme de lettres qui devait plus tard se déguiser en vigneron de la Chavonnière.

En l’année 1787, l'étude de l'algèbre et de la géométrie était, selon le vœu paternel, sa principale affaire; par malheur, M. Callet fut nommé, l’année suivante, professeur

1 « Je fais des vœux pour la bande noire. Je prie Dieu qu’elle achète Chambord ». Simple discours.

d'hydrographie à Vannes et chargé d’y préparer les élèves de la marine. Il fallut que M. Courier lui cherchât un successeur. 11 le trouva dans la personne d'un savant moins illustre, qui n’en fut pas moins un maître incomparable pour le jeune Courier. M. Labbey sut lui aplanir les difficultés des mathématiques et, grâce à l'attachement qu'il inspirait à son élève, lui rendre sinon riants, du moins accessibles ces sommets « hérissés de buissons épineux ». Silvestribus horrida dumis”.

Dans cette éducation austère, les arts d'agrément ne furent point négligés, car au moment où Paul-Louis recevait à la fois les leçons de MM. Labbey et Vauvilliers, il avait aussi un professeur de dessin et même un maître de danse. Mais ce dernier ne réussit guère; profitant mal de ses conseils, le jeune Courier l’abandonna bientôt sans avoir rien retenu de ses enseignements, Il devait hélas! s’en repentir amèrement et bien des fois regretter son peu de docililé, jusqu'au jour où parvenu au grade de capitaine et las de rougir de son inaptitude à la danse, il s’en fit donner à Toulouse de nouvelles leçons, celte fois avec un plein succès.

C’est ainsi que s’écoulait l’adolescence de Paul-Louis au milieu des études les plus diverses. Les exercices du corps étaient en honneur dans la famille; M. Courier avait toujours aimé la marche. Tant qu’il habita la Touraine, il lui fut aisé de satisfaire ce goût; de la Véronique au Breuil, on compte plus d’une lieue et demie qu'il faisait le plus souvent à pied, la route étant impraticable pour un attelage. Lorsqu'il eut acheté la Filonnière? en 1782, il eut à faire un trajet d'au moins deux lieues pour aller visiter son domaine.

! M. Labbey ou Labey était troisième professeur de mathématiques à l’École militaire de Paris.

? C'était le nom d’un beau domaine qui appartint à M. Courier.

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