‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 122 sur 264 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

officiers et soldats, leur indélicatesse dans la victoire, leur habitude invétérée du pillage.

Toutefois, nous ne pouvons que confirmer, documents en main, les appréciations si sévères de Courier. Ce n’est point un mystère que, dans la Calabre aussi bien que dans le reste de l'Europe, la plupart de nos généraux organisaient, à leur profit, le pillage des peuples vaincus. Mais nulle bouche n'était plus autorisée à dénoncer ces hontes que celle d’un officier de l’armée de Masséna.

Une réminiscence de Virgile compare Les chefs de nos armées à ces lieutenants de César ou d'Antoine pillant Rome et l'Italie pour s’eurichir, et vieillir dans la mollesse et la volupté. Hélas, l'assimilation n’est que trop fondée entre ces écumeurs de provinces et le moderne condottiere que fat le duc de Rivoli.

La triste réputation qui s’altachait à son nom avait soulevé, en 1798, une révolte parmi les officiers de l’armée de Rome, humiliés d'obéir « au dévastateur de Padoue », et soucieux de la honte que ses brigandages pouvaient faire : rejaillir sur eux-mêmes et sur les étendards des demi-brigades!:il avait été ignominieusement chassé par son armée. En 1806, le même homme devenu maréchal de France comblé d'honneurs, gorgé d’argent par Napoléon, ne semblait pourtant pas rassasié; il faisait à son profit des réquisitions illégales, « demandait vingt mille francs à un entrepreneur pour avoir les fournitures de l’armée » et mettait même dans sa poche « plusieurs mois d'appointements dûs aux officiers, les gratifications d’entrée en campagne, les frais de poste et d'espionnage ». Selon les rapports les plus authentiques”, tant de cupidité effrayail les Napolitains

1 Rome. Archivio di Stato.

? Dépôt de la guerre. Arch. hist. Armée de Naples. Le maréchal Berthier, ministre de la Guerre, avait envoyé en mission à l’armée de Naples le chef d’escadron Desnoyers. C'est d’un rap-

qui craignaient une levée extraordinaire d’impositions. Le roi Joseph, auquel arrivait sans cesse l'écho des plaintes et des réclamations soulevées, souffrait beaucoup de la conduite du maréchal et ne pouvait assez lui en témoigner son mécontentement et « son indignation ».

Il gémissait aussi de la cupidité de Verdier qui se

croyait autorisé à suivre un exemple venant de haut, et il déclarait en publie que « la Calabre citérieure avait plus souffert de Verdier que des insurgés »'.

* Ainsi, Courier en incriminant ces généraux se fait l’interprète de l’opinion publique; n’allons donc pas croire qu'il céde à la tentation, commune chez les inférieurs, de diffamer ses chefs. Il lui était facile d’accabler le vaincu, dont on sait les torts envers lui : il rend au contraire à Reynier la plus éclatante justice et le portrait qu'il en trace est celui du sage dans l’adversité. En somme, il apprécie avec équité « les bipèdes sans plumes » dont dépendent les événements qui constituent l'Histoire.

port de cet officier que nous extrayons ces renseignements sur les prévarications de Masséna : « Le Prince souffre beaucoup de la « conduite du Maréchal. Il a été demandé 6.000 piastres de la « part du M* Masséna à la Commission des logements à Naples. « Les habitants de Naples disent publiquement que le M°! ne « s'occupe maintenant qu'à ramasser des trésors. Ils en sont « effrayés et craignent la levée extraordinaire d’impositions pour « fournir à sa cupidité.. On rapporte que le M*! Masséna avait « envoyé chercher à Paris près de cent mille francs pour frais « d'espionnage. Il est constant qu'il n’a pas payé un sol. En Ita- « lie, on dit que le M*! a enlevé la valeur de sept millions à « Trieste, tant en argent qu’en marchandises qui ont été disper- « sées et vendues à son profit ». Notons aussi cette observation caractéristique : « L'opinion générale, tant à Naples que sur les « routes que j'ai parcourues, est que le M°! Masséna est un en- « nemi déclaré du Gouvernement impérial ».

! Dépôt de la guerre. Armée de Naples. « Lettre d’une personne respectable à un ami », à la date du 14 juillet 1806.

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