‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 127 sur 264 · COURIER A NAPLES · texte numérisé non relu

COURIER A NAPLES

Sa mission dans la Pouille. — Sa grave altercation avec le général Dedon. — Courier aux arrêts. — Il profite de sa retraite pour travailler. — La traduction de deux livres de Xénophon : Du commandement de la cavalerie el de l'équitation. — Dernières flâneries aux environs de Naples.

Ayant recu les ordres nécessaires au début de novembre, il partit pour Naples, où il arriva le 14 non sans avoir encore couru quelques dangers. Mais bien qu’ayant obtenu une délicieuse résidence, il ne renonça pas pour cela à son projet de quitter l'Italie et de servir en Allemagne. C'était le désir de l'avancement qui le hantait à cette époque et le poussait à ces démarches. Il invoqua des raisons de santé, prétendant que « la mollesse du climat » lui était funeste; il se plaignit même de l’oisiveté à laquelle le condam nait son nouvel emploi; pour se remettre, il lui fallait, disait-il, une vie plus active et « un air moins tiède ». Mais ces sollicitations furent encore vaines.

Cependant, notre officier échappé de Calabre se hâta de reprendre ses études littéraires et fit la connaissance dé quelques érudits. IL entra dans un cercle de personnes aimables auquél présidait un lettré, don Francesco Daniele, que ses talents désignèrent bientôt à l’atlention du

nouveau roi de Naples. Joseph en fit son bibliothécaire privé, ce qui n’était guère qu’un prétexte pour lui servir une pension de cent cinquante ducats par mois. Il le nomma bientôt après secrétaire perpétuel de l’Académie royale d'histoire et d’antiquilés, qu'il venait de réorganiser, et directeur de l’Imprimerie royale. Tel est l'homme en compagnie duquel Courier passa d’agréables soirées, en s’entretenant de littérature classique et en citant force textes d'auteurs latins. Une dame, donna Giulia, prêtait à ces réunions intimes le charme de son talent musical et de: sa voix, que l’on comparait à celle de Diane. Notre officier retrouvait les agréments de la vie civilisée dont il AU été privé pendant tant de mois.

Il voulut aussi se remettre sérieusement à l'étude du grec et décida de terminer sa traduction du traité de Xénophon sur la cavalerie, avec l'intention de dédier son travail au docte Sainte-Croix. Un érudit, l’abbé Andres, lui ouvrit la riche bibliothèque du marquis Tacconi, dont: il avait la direction. Ce marquis était un singulier personpage qui avait amassé dans son palais.« tous les livres: possibles » dont il était heureux de faire jouir ses amis, mais qu’il ne lisait jamais. Grand trésorier de la couronne, il possédait 100.000 livres de rente. Mais on découvrit plus lard que les revenus de sa fortune ne suffisaient pas à ses dépenses de bibliomane. Pour satisfaire à sa passion sans dissiper son bien, il avait imaginé de faire de faux billets; en l’envoyant au bagne, le nouveau roi de Naples condamna aux galères le seul homme de son royaume qui eût des livres".

Courier, qui ne tarda point à devenir son « grand ami », profila mieux que tout autre de la merveilleuse bibliothèque qui lui était ouverte, A foule heure du jour, il y pénétrait librement sans autre formalité que de demander les

1 Edit. Sautelet, [, 324.

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