CHAPITRE XI
clés au portier. Plusieurs jours de suile, il erra dans le palais sans rencontrer, dit-il, ni le marquis ni l'abbé Andrès, auxquels il voulait faire ses adieux, et il dut se borner à écrire sur un mur Le mot : Vale.
IL partait pour Foggia', où on l’envoyait surveiller une levée de chevaux et de mulets qui se faisait pour le service de l'artillerie. Triste mission pour un homme qui aimait la compagnie et qui, à Naples, au milieu de ses amis anciens et nouveaux, se regardait comme « en paradis ».
À Foggia, ce brillant causeur ne peut ni trouver de partenaire, n1 faire assaut d'esprit, ni développer, devant des connaisseurs, quelque séduisant paradoxe; il n’a devant lui que des bourgeois ignorants et communs, dont le seul souci est d'arriver à vivre au milieu des brigands qui infestent le pays. Aussi Courier n'hésite pas, dans ses lettres aux amis de Naples, à les traiter d'ânes en se livrant, à propos de sa mission, à une plaisanterie un peu trop facile : « Je viens ici chercher des mulets, mais je ne vois que des ânes ? ». Sa santé fut d’ailleurs très éprouvée; elle avait toujours été délicate, il est fort naturel qu'elle se soit ressentie des longues fatigues de la campagne de Calabre. Au mois de janvier 1807, il fut pris de la fièvre et d’un rhume tenace”; à la maladie se joignit le découragement causé par le dégoût d’une mission fastidieuse. De là, quelques semaines d'inaction, pendant lesquelles notre auteur ne donne point signe de vie. Il sort de sa torpeur en février et commence des démarches pour obtenir le remboursement des pertes éprouvées l’année précédente; avant de
1 En janvier 1807, après avoir séjourné à Naples deux mois seulement.
2 « Qui vengo a cercar muli, ma sen tutti asini », ainsi s'exprime= t-il dans une lettre écrite en italien à son ami Francesco Daniele. Foggia, 24 marzo 1807.
3 Al Signor Francesco Daniele. Foggia, 24 marzo 1807.
quitter Naples, il avait eu la précaution de faire imprimer ce qu’il appelle « le tableau de ses misères ». On y voit qu’en Calabre, il ne perdit pas moins de sept chevaux dont trois, laissés à Reggio, pendant la mission de Tarente, furent pris par les Anglais ou par les bandits, lors de la déroute de Santa-Eufemia. Courier réclamait au ministre de la Guerre du Royaume de Naples une somme totale de 12.947 livres qu'il déclare encore inférieure à ses pertes. À la vérité, il semble bien fondé à déclarer qu'aucun officier de son grade n'avait perdu autant que lui; il n’avait rien touché de sa solde depuis près d’un au, et son traitement -de la Légion d'honneur ne lui avait jamais été payé. Il pouvait donc, avec toute l'apparence de la sincérité, présenter cette humble requête : « J'ose supplier Votre Excel- « lence de vouloir bien considérer …. qu’enfin mes res- « sources s'épuisent, et que, loin de pouvoir me remonter « de manière à servir utilement, j'ai de la peine à sub- « sister ».
Certes, notre officier réclamait avec raison et ce qu'il avait perdu au service de sa patrie et les appointements quilui étaient dûs; mais, en présentant ce tableau pitoyable de sa misère, il n’hésitait pas à altérer la vérité. Loin d'être réduit à la gène, il possédait, en Italie, environ 12.000 francs, sans parler de sa fortune immobilière et des nombreuses créances dont.les titres étaient restés à Luynes, entre les mains de M° Odoux. La pauvreté, qu'il invoque, est donc une feinte : elle l’est à tel point qu’à ce moment même il se préoccupait de placer en France cette somme qui lui semblait en Italie exposée à trop de risques. Le 29 avril, il écrivait à un parent éloigné M° Bonneau, notaire à Orléans, et lui disait, après un préambule aimable : « J'ai ici environ 12.000 francs épars en diffé- « rentes mains et dans des mains peu sûres. Je voudrais « vous faire passer cette somme. Marquez-moi, je vous « prie, comment vous pourriez la placer. Les obligations