‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 14 sur 264 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Or, tout donne à penser que son fils l'accompagnait souvent dans ces excursions, Habitué à vivre au grand air, Paul-Louis ne renonce pas, lorsqu'il vient habiter Paris, aux longues promenades qui avaient fait le charme de son enfance. Il parcourt les environs de la capitale, va visiter Versailles, le château de Sceaux, illustré par le souvenir de la duchesse du Maine, et qui appartenait alors au duc de Penthièvre.

A toutes les époques de sa vie, Courier nous apparaîtra d’ailleurs comme un intrépide promeneur, en Italie, en Suisse, à Luynes, enfin dans la forêt de Larçay, où il fut assassiné, au cours d’une promenade, à près d’une lieue de sa maison. Quand il ne pouvait satisfaire son goût pour la marche, il allait jouer à la paume, ce qui était encore ur excellent exercice.

Grâce à ces habitudes vraiment salutaires, il avait vu se raffermir une santé d’abord fort délicate. Atteint, dans sa première jeunesse, d’une maladie trop commune à cette époque, la petite vérole, il resta défiguré.

Sa mère avait aussi payé tribut à ce* mal particulièrement fâcheux pour une femme, et comme Paul-Louis, “elle en portait les marques”. Mais, un accident beaucoup plus grave, ce fut la pleurésie ou fluxion de poitrine qui mit en danger la vie du futur pamphlétaire. Il n’en guérit jamais complètement, car en 1799, au relour de son premier voyage en Italie, il fut pris d’un crachement de sang qui dura de longs mois et le jeta dans une extrême faiblesse, ainsi que l’attestent divers certificats de médecins, qui lui permirent de rester longtemps en congé*. Ce

1 Ainsi que l’atteste son signalement joint à un certificat de résidence qui lui fut délivré par le maire de Cinq-Mars en 1795. Registre des délibérations du conseil municipal.

2 Voir plus loin le certiticat du savant docteur Bosquillon, et ceux des officiers de santé Roussille et Lacroix « chargés de la

visite des militaires ».

même mal faillit l'enlever en 1817. Mais du moins, grâce aux exercices physiques, il s'était si bien fortifié en 1789 qu’à ce moment il ne semblait plus se ressentir des petites misères de son enfance.

A l’heure solennelle où avait lieu à Versailles la réunion des États généraux, Paul-Louis venait d'entrer dans sa dix-huitième année. Une intelligence vive, un esprit d'observation rare à cet âge étaient au service de sa raison précoce. Dans ce grand mouvement d'enthousiasme qui emportait toute la France, au milieu de discussions si ardentes et si chaudes, le jeune homme sut voir par luimême quel était l’état du peuple et du gouvernement et sans passion se faire, en dehors des partis, une conviction personnelle profonde et durable. Il put juger directement des abus de lPancien régime, dont il voyait souffrir tant de catégories de gens autour de lui; c’est pourquoi lorsque plus tard il en fera Le tableau dans ses Pamphlets ses peintures auront une singulière autorité. Il pourra dire : « J'ai vu » avec un ton de sincérité qui ne saurait être suspect même à ses contradicteurs.

Élevé d’abord en Touraine puis à Paris, il a connu la ville et les campagnes sous le règne de Louis XVI. La situation de fortune et les relations de son père l'ont mis à même de fréquenter à la fois des membres des trois ordres. Il à pu apprécier leur rôle dans l'État, leurs rapports respectifs, leurs capacités, leurs besoins. La bourgeoisie à laquelle appartenait sa famille, et qui lui avait offert des maitres éminents dans les sciences et dans les lettres, tels que Callet, Labbey, Vauvilliers, dut lui paraitre la partie la plus éclairée et la plus saine de la nation. En elle, les qualités solides n’excluaient pas les grâces de l'esprit. Plus sérieuse, plus appliquée, plus attachée que ‘la noblesse aux vertus du foyer, elle méritait de sortir définitivement de la situation effacée où la maintenaient les préjugés du temps.

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