‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 131 sur 264 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

maudé l'artillerie devant Gaëète. Qu'il ait fait preuve de peu de talents la longueur du siège suffit à le démontrer: mais il s'était en outre déshonoré, par certains traits de ‘lâcheté qui l'avaient rendu la fable de l’armée. Les cama rades de Courier les lui avaient signalés et lui-même y fait allusion, dès le 12 août 1806, dans une lettre à un officier, mais sans raconter l'affaire où Dedon s'était comporté d'une manière « scandaleuse » pour un général. C'était un bon courtisan, un homme dévoué à la nouvelle dynastie; or cela suffisait, dès ce moment, pour obtenir des faveurs et de l'avancement. C’est pourquoi Dedon fut, après la prise de Gaèle, appelé à Naples où il exerça le commandement de l'artillerie de l’armée.

Courier a écrit, dans les notes qui accompagnent ses Lettres inédites, qu’il trouva, en revenant de la Pouille, le général Dedon « prévenu et indisposé contre lui », et il se plaint d’avoir élé, pendant son absence, calomnié auprès de son chef.

Est-il bien nécessaire de supposer qu'il ait eu des dénonciateurs? Il nous paraît qu’il contribua lui-même à irriter le général, en demandant, avec trop d’insistance, à quitter l'armée où celui-ci exerçait son commandement. On se rappelle les démarches faites auprès du général Gassendi par l’intermédiaire de Madame Pigalle; Courier y joignit une demande officielle adressée, le 1% janvier 1807, au ministre de la Guerre.

rier avait eu l’aîné des deux pour colonel à Strasbourg, au 7° régiment. Or, c'est le même qu'il retrouva, pour son malheur, à Naples. Il était devenu général de brigade le 28 octobre 4805. Il fut divisionnaire le 10 mai 1814. M. Chuquet observe avec raison que ses démêlés avec Paul-Louis l’ont rendu plus célèbre que ses faits de guerre et que son Précis historique des campagnes de l'armée de Rhin et Moselle. Le tapage fait par Courier à nu à l'avancement de Dedon qui ne devint général de division que sous

la Restauration.

Au bureau du personnel de l'artillerie, on prit note de celte demande non pour accorder entière satisfaction à son auteur, qui désirait passer à la Grande Armée, mais avec l'espoir d'utiliser ses services à l’armée d'Italie où lPon avait « besoin d'officiers de son grade ! ». On consulta donc le général Dedon qui, sans tenir à Courier, refusa de le laisser partir et opposa à sa demande de changement un avis défavorable.

La négligence avec laquelle il s’acquitta de la levée de mulets qui lui était confiée, et la lenteur de ses opérations achevèrent d’indisposer contre lui son général. Réprimandé durement, il se révolta, voulut se défendre avec trop de vivacité, comme il avait déjà fait, devant Reynier, à son retour de Tarente. Mais le chef qu'il avait devant lui n’était pas cette fois « un ami ». Les emportements du subordonné reçurent leur sanction naturelle : il fut mis aux arrêts de rigueur. Sa colère redoubla et perdant toute prudence, méprisant toute discipline, il ne craignit pas d'écrire, et d'adresser à Dedon, cette extraordinaire lettre que tout le monde connaît et qui se termine par cette menace : « Je saurai reudre la lâcheté de votre conduite aussi publique dans cette affaire qu'elle l’a déjà été ailleurs ». 11 fit plus

! Dépôt de la guerre. Archives administratives. Dossier de P.-L. Courier.

Le Gal & ,..,. à M. le Général Dedon,

M. le chef d’escadron d'artillerie Courier actuellement sous vos ordres à Naples représente, M. le général, que sa santé souffre beaucoup du climat (ainsi que de l’inactivité dans laquelle il y est)v et il demande en conséquence d’être envoyé à la grande armée. Avant d'y statuer le ministre désire savoir si vous pouvez vous passer de cet officier que son Excellence, dans ce cas, destinerait pour l’armée d'Italie qui a besoin d'officiers de son grade.

a La place du nom est laissée en blanc.

b Les mots en italique ont été rayès dans la minute de cette lettre.

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