‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 134 sur 264 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pialfe et fait le beau, « relève son encolure, ramène sa tête * d'un air fier et vif! ».

Ne tenons pas rigueur à Paul-Louis s’il se montre aussi fringant, et n’allons pas lui faire un grief de son ardeur. Elle ne saurait surprendre chez un traducteur qui a étudié son modèle avec une patience si passionnée. Il ne se borpail point à en lire et méditer les préceptes; il allait jusqu'à les mettre en pratique. C’est ainsi qu'il s’étudiait, depuis quelques années, à monter à cheval à la grecque.

Dès 1805, servant à Bari dans l’armée du général Gouvion-Sain{-Cyr, il tenta même une ingénieuse application des conseils que donne Xénophon pour former et endurcir les pieds du cheval.

On sait que les Grecs ne ferraient point leurs chevaux; ils devaient donc prendre les plus grandes précautions pour fortifier la corne des pieds chez les jeunes animaux qu'ils destinaient au service de la cavalerie. Xénophon recommande de paver les écuries de cailloux ronds sur lesquels le sabot et la fourchette reposant continuellement finiront par acquérir la dureté nécessaire. Paul-Louis eut la curiosité d’essayer cette méthode; ïl fit garnir le sol de l'écurie d’un lit de cailloux pris sur la plage et arrondis par la mer. Les trois chevaux du commandant ayant été placés « pieds nus » dans celte écurie et ÿ ayant demeuré près de trois mois, l'expérience réussit complètement pour un seul des trois. C'était un poulain de quatre ans, acheté dans la Pouille et élevé près de Cérignola, qui n'avait jamais eu de fers. Il fil le voyage de Bari à Tarente par des chemins de traverse remplis de pierres, « et revint sans être ferré ni incommodé ».

Ces détails, peu intéressants pour des lettrés, nous montrent au moins avec quel sérieux Courier savait lire les

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auteurs anciens et quel cas il faisait de leurs conseils. Après avoir médilé Xénophon, il ajoute aux préceptes de l'écrivain grec l'autorité de son expérience personnelle, prouvant ainsi que tout ce qui a été écrit du temps de la bataille de Mantinée, pour les adversaires d'Épaminondas, peut servir aux vainqueurs d'Austerlitz et d'Iéna.

Enfin, il commente aussi les traités sur la cavalerie et sur l'équitation au moyen de ses lectures. Leur richesse et leur variété nous apprennent assez que tant de journées passées par lui dans les bibliothèques ne furent point perdues pour l'érudition. Non seulement il a dépouillé Thucydide et Polybe, tous les historiens anciens, tous les traités consacrés par les Grecs à la science du cheval et réunis au moyen âge sous le titre de Hippiatrica, mais il a lu de près les récits de voyage chez les peuples lointains et sauvages de l'Asie, qu'ils soient contemporains ou qu'ils remontent au xvu° siècle, ou même au moyen âge, comme la « Relation des Cordeliers envoyés en Tartarie par le pape Innocent IV ». Conscience d'érudit, déclareront les amis de Courier; pédantisme, diront les autres. Nous ne voulons pas nier d’ailleurs qu’il n'ait montré quelque coquetterie pour M. de Sainte-Croix, de manière à lui prouver qu'un soldat peut expliquer « beaucoup de choses » aux savants, surtout s’il est doublé lui-même d’un lettré; et nous concéderons qu'ici notre officier fait figure non pas de régent de collège, mais plutôt, selon le mot de Montaigne, de «pédant à la cavalière ? ».

! Du traité sur le commandement de la cavalerie, se dégage

celte impression bien nette qu’Athènes élait menacée d'une irruption des Thébains et se croyait peu en état de leur résister; d’où l’on peut conclure que l'ouvrage fut composé durant la seconde expédition d'Épaminondas dans le Péloponèse. Cf. La traduction de Courier, p«928 et la note.

* Entre autres écrivains, Courier cite Denon, Voyage d'Égypte ;

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