‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 135 sur 264 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Décidé à mener à bien cette traduction, il lui avait consacré sans partage les longues et chaudes journées des mois de juillet et d'août qu’il passa dans la bibliothèque du marquis Tacconi. Le travail avançait peu ; et bien que Courier trouvât autour de lui « tous les livres possibles », il lui manquait encore, selon sa spirituelle expression, « des outils pour enlever certains nœuds! ». La principale difficulté venait de la corruption du texte?. 11 faut entendre que l’auteur ne se contentail point aisément; il visait à la perfection.

Pendant qu'il était ainsi plongé dans l'étude, l’ordre lui vint de quitter l’armée et d’aller joindre son régiment à Vérone. Il ne changeait pas de corps, mais, détaché depuis longtemps à à l'armée de Naples, il était rappelé à la portion centrale du 1° d'artillerie à cheval *.

Cet ordre de départ venant mal à propos déranger le traducteur dans son travail, il jugea bon de ne s’y point conformer. Au lieu de se rendre à Vérone, il alla s'établir à Résina, au pied du Vésuve, pour y mieux travailler dans la solitude. Il y demeura deux mois, dans un oubli complet deses devoirs militaires, ne songeant qu’à profiter des bonnes dispositions où il se trouvait pour l'étude. N’avaitil pas perdu assez de temps en Calabre? Après les courses et les aventures de l’année 1806, Courier a pu enfin se

Bernier qui vécut au xvn‘ siècle dans les États du Grand Mogol Aureng-Zeyb, Sparrmann, Thünberg auteur d'un Voyage au Japon par le Cap de Bonne-Espérance, Niebuhr, qui visita l'Arabie et la décrivit, Pallas, vovageur allemaud qui a laissé des « Mémoires sur les peuples Mongols » et un « Voyage en diverses parties de l'empire russe, etc. »

1 À M. de Sainte-Croix. Naples, 27 novembre 1807.

? Au même. Naples, juillet 4807. « Le texte est gâté ».

3 Le 1° à cheval allait désormais tenir garnison à Vérone. C’est là que Griois conduisit les compagnies de son régiment détachées, depuis mars 1806, à l’armée de Naples, et en dernier lieu casernées à Aversa et Sainte-Marie de Capoue.

remettre au grec, lire, traduire et commenter; il ne sortira point de sa retraite studieuse, qu'il n'ait au moins dégrossi ce qu’il appelle sa « petite drôlerie ».

Si le grec occupe la plus grande, partie de ses journées, il ne suffit pas à contenter sa belle ardeur intellectuelle, et les loisirs conquis sur le service seront consacrés quelquefois à l'imagination et à la fantaisie. À la veille de quitter le royaume de Naples, il veut emporter quelque joli souvenir de son séjour en Calabre, sous la forme d’un récit piquant et dramatique; il s'agira d’en ajouter un de plus à sa collection. D'ailleurs M"° Pigalle était curieuse de connaître quelques-unes de ses aventures; il eut double plaisir à la satisfaire par le conte célèbre qui commence en ces termes : « Un jour je voyageais en Calabre, c’est un pays de méchantes gens... ». Mais comme ce lettré est loujours sous l'impression de quelque lecture, et semble craindre de n'avoir de l’esprit qu à la condition de suivre un de ses auteurs, il refait une nouvelle de la Reine de Navarre et ainsi compose de ses petits chefs-d’œuvre celui qui peutêtre est le plus connu de nos jours et contribue le plus à faire vivre sa mémoire.

Cetle imitation est loin d’être un esclavage! Courier a pris seulement à son modèle cette idée qu’un propos surpris et mal compris vous expose parfois à de terribles inquiétudes’. Quelques détails à peine sont communs aux deux contes : la chambre qu’occupent Paul-Louis et son compagnon rappelle celle où sont couchés les deux cordeliers, par ce fait qu’elle n'offre qu’une issue possible, une fenêlre qui n’est « guère haute ». La situation des personnages est identique; mais combien chez le conteur moderne ils sont mieux peints! Comme on les voit, d'abord égarés dans les bois aux approches de la nuit, puis assis à la table

* Heptaméron. Nouvelle XXXIV. Deux cordeliers trop curieux d'écouter eurent si belles affres qu'ils en cuidèrent mourir.

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