COURIER DÉCOUVRE FLORENCE
Séjour à Rome auprès de M®° Dionigi. — Arrivée à Florence. — Francesco del Furia, préfet de la bibliothèque Laurentienne. — Son portrait. — Portrait de Courier à l’âge de trente-six ans. —
Akerblad, sa mollesse. — La bibliothèque des moines della Badia. — Découverte d’un manuscrit de Longus plus complet que celui qui avait servi aux éditeurs. — A Brescia, Courier retrouve son ami Haxo. — En arrivant à Vérone il doit prendre les arrêts. — Le colonel Faure de Gière. — Retour à Florence. — Le général d’Arancey. — Courier sous-directeur d'artillerie à Livourne. — Lettres inédites de Courier à del Furia. — Il
demande un congé pour venir en France. — Ses démarches sont vaines. — L'inspection du général Sorbier ; il malmène Courier. — Courier recommande à la Junte de Toscane les manuscrits
de la Badia. — 1] demande à faire la campagne d’Espagne. — Il est refusé. — Son départ pour Milan. — Nouvelle demande de congé. — Nouveau refus. — Courier démissionne.
Parti de Naples dans les premiers jours du mois de décembre, Courier ne pouvait manquer de s'arrêter à Rome, sa ville de prédilection; il lui tardait de revoir ses amis, M.d’Agincourt, l'abbé Marini, M"° Marianna Dionigi. Il devait des remerciements à cette dernière qui, depuis dix-huit mois, s’élait constituée la gardienne bénévole des papiers, des livres et des effets dont il ne pouvait s’encombrer pendant une campagne pénible comme celle de Calabre.
Mais ce ne fut pas seulement pour s'acquitter d'un de-
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voir de politesse et de reconnaissance qu’il resta quinze jours auprès de cette excellente amie. Il retrouvait dans son entourage un petit cénacle littéraire analogue à celui qui lui avait permis de passer à Naples de si bons moments.
Cette femme distinguée recevait habituellement deux fois par semaine’ quelques amis qu'elle tenait sous le charme de sa conversation érudite et spirituelle. Une extrême cordialité contribuait encore à l'agrément de ces soirées que M!'° Henriette, sa fille, savait animer en récitant des vers dont tous les contemporains ont loué le mérite ?. Cette jeune personne, qui faisait partie de l’Académie des Arcades, eût été digne de servir de modèle à M®° de Staël pour sa Corineÿ. Paul-Louis, très intéressé par son talent, éprouva pour cette muse une cordiale sympathie. Comme souvenir d'elle, il voulut emporter un recueil de poésies extorqué à sa modestie.
Mais elle avait un titre de plus à l'estime de l’helléniste ; la Signorina Enrica Dionigi apprenait le grec sous la direction d’un certain Amati, érudit, à la vérité par trop famélique, mais non dépourvu de science et décoré du beau titre de Scrittore di lingua Greca à la Bibliothèque Vaticane. Ce Greculus esuriens fut fort aise de retrouver Courier et surtout de palper les dix piastres qu’il lui compta pour certains soins donnés au texte de la Cavalerie. IL offrit de nouveau ses services pour faire, au plus juste prix, quelque collation de Xénophon, ou de Sophocle, voire même pour traduire ou annoter le texte qu'on vou-
1 Lettre. de Letronne à Fr. del un ? Ibid.
N'oublions pas que Mn: de Staël fit son premier séjour à Rome en 4805 et que c’est au retour de ce voyage qu’elle publia Corine. Reçue avec honneur à l'Académie des Arcades elle dut voir et conaître Mademoiselle Dionigi.