CHAPITRE XII
que, son savant ouvrage sur les villes saturnales de l’ancien Lalium, dont les ruines consistent en des constructions dites cyclopéennes'. Mais en altendant, elle venait d'achever un traité sur la Perspective ; dans l’ardeur de son admiration, Courier s'était engagé d’abord à le traduire en français, puis à le faire imprimer à Paris?, sans trop savoir quand il pourrait s’acquitter de cette double promesse. Cette offre séduisante {ut acceptée avec enthousiasme. C'était alors une aubaine pour un auteur de la Péninsule qu'on voulût bien le traduire dans la langue des vainqueurs. Pourtant M*° Dionigi désirait que l'édition princeps füt faite à Milan en italien. Tout en se réjouissant des bons offices que lui promettait Courier, elle obtint donc qu'il porterait d’abord le manuscrit à Lamberti, leur ami commun, qui occupait les fonctions de conservateur à la bibliothèque de Brera. Elle écrivit à ce dernier pour le prévenir et lui donner ses instructions au sujet d’une publication sur laquelle elle fondait ses espérances. Puis elle prit congé de l'officier francais, charmée de son esprit ét de sa complaisance.
Celui-ei avait bien employé son temps, il avait revu Monsignor Marini, le savant préfet des Archives du Vatican, l’ami Le plus ancien qu’il comptät en Italie, puisqu'il s'était lié avec lui dès sa première arrivée à Rome, en décembre 1798. Avec cet érudit, il s'entretint de son Xénophon dont la traduction était presque achevée; un des manuscrits du Vatican, collationné par Amati, avait fourni quelques bonnes lecons, mais Courier savait qu'il se trouvait d’autres manuscrits des traités sur la Cavalerie et sur l'Équitation à la bibliothèque Laurentienne. IL se proposait de les exa-
1 Viaggi in alcune città del Lazio fondate dal Re Saturno, Roma, 1809, in-fol.
? Marianna Dionigi à Francesco del Furia. Firenze Bibl. centrale nazionale. Fonds del Furia.
miner en passant par Florence, puisque cette ville était sur son chemin. Afin de recevoir du conservateur un accueil plus empressé, il demanda donc une lettre de recommandalion à son docle ami; il en possédait une déjà de l’abbé Andrès, qui entretenait des relations suivies avec le sieur del Furia.
Muni de ces lettres, il partit enfin pour Florence, où il arriva vers le 15 décembre. C'était la première fois qu'il metlait le pied dans la capitale de la Toscane, lui qui, habitant l'Italie depuis près de quatre ans, en avait visité presque toutes Les villes importantes. Le froid était vif!, comme il arrive souvent à cette époque de l’année à Florence; la ville est alors balavée par un vent glacé qui tombe de l'Apennin. Courier habitué, depuis trois hivers, au climat de Naples, de la Pouille et de la Calabre, fut péniblement impressionné et regrella fort l'Italie méridionale. Il eut si froid que, renonçant à visiter la ville et ses trésors artistiques, il courut s'enfermer à la Bibliothèque de San- Lorenzo, installée dans le cloître voisin de l’église du même nom el de la chapelle des Médicis.
Il se trouva en présence d’un petit homme assez disgracieux de taille et de tournure, qu’enlaidissaient encore de gros veux. C'était Francesco del Furia, préfet de la Bibliothèque Laurentienne.
Né le 28 décembre 1777 à Pratovecchio, de Paolo del Furia et de Margherita Mercatelli, il était d’une humble origine? : ses parents lui trouvèrent un protecteur dans la personne de l’abbé Bandini alors célèbre conservateur de la Laurentienne. Grâce à lui, le jeune Francesco put venir
1 Lettre à d’Agincourt, 17 février 1808.
? Ces détails biographiques, ainsi que le portrait physique de del Furia, sont empruntés à la notice nécrologique que lui consacra F.-L. Polidori, érudit estimé à son époque, dans l’Archivio storico italiano, Firenze, 1856.