‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 141 sur 264 · CHAPITRE Xi · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xi

et Roi imposait à la Toscane convertie en départements français, et adressa sa demande au préfet de Florence pour être admis dans l’Université impériale’. Depuis 1844, il servit Ferdinand IIL avec autant de zèle que ses prédécesseurs.

Courier, tout au contraire : spectateur indifférent des grandes scènes de la Révolution, d’un « sans-culottisme » plus que tiède peadant la Terreur, républicain et antimilitariste* sous l'Empire, libéral et démocrate sous la Restauration, il devait être par tempérament l’adversaire du pouvoir.

S'il est vrai que l’antipathie naisse de la différence absolue des caractères, Courier et del Furia ne devaient pas tarder à devenir ennemis jurés; or, jamais ne se manifesta entre deux types une opposition plus marquée que celle de ces deux hommes qui après avoir, pendant quelques mois, entretenu l’un avec l’autre des relations courtoises et même cordiales, allaient en venir aux mains dans la retentissante affaire de la Tache d'encre.

Le premier service que Courier demanda au bibliothécaire, ce fut de lui montrer ses manuscrits de Xénophon. IL en collationna trois avec soin, restant enfermé toute la journée à la Laurentienne. Les lecons qu'il y releva ne le payèrent point, il est vrai, de sa peine; du moins eut-il la certitude de ne laisser à d’autres aucune trouvaille à faire.

Courier ne nous dit pas quels sentiments lui inspira Furia dès ce moment. Tout au moins peut-on présumer que, satisfait de sa complaisance, il ne le jugea point de

1 Firenze. Archivio di Stato. Prefettura del Arno. 452. Un décret de la Junte de Toscane du 9 décembre 1808, inséré au Bulletin des Lois, invitait les professeurs qui désiraient être admis dans l’Université à faire leur déclaration avant le 1°" janvier 1809.

? Si l’on veut bien me permettre cet anachronisme d'expression.

prime abord « un cuistre, garde d’une Bibliothèque qu'il devrait encore balayer ». Quant à del Furia, 1l nous assure qu'il accueillit Courier avec joie et fut ravi de voir en cet officier un émule des Xénophon et des Polybe « qui surent au milieu du tumulte des armes et des cris des combattants, s'attacher aux utiles et agréables études littéraires’ ». Tout en travaillant, les deux hellénistes lièrent connaissance. Courier parla de Naples et de l'abbé Andrès?, de Rome et des amis qu'il venait d’y laisser. IL nomma Mme Dionigi et raconta que cette dame venait d'écrire un ouvrage sur la Perspective, qu’elle lui en avait confié une copie et qu'il se proposait d’en faire la traduction en français.

En même temps qu’il entrait en relation avec del Furia. Courier se liait avec un aimable érudit d’origine suédoise M. Akerblad, qu'il avait connu à Paris sous le Consulat. La sympathie qui les unit tout de suite était d'autant plus vive qu'elle prenait naissanee dans des goûts communs. Ils ne faisaient pas du grec par métier, comme del Furia, mais ils trouvaient dans la lecture des vieux auteurs grecs une jouissance d'amateurs, un plaisir réservé à quelques intelligences d'élite nourries de fortes études. Enfin, quelque épris qu'ils fussent de manuscrits rares et de variantes inédites, 1ls avaient assez d'esprit pour sortir parfois de leurs occupations préférées et pour savoir se divertir au spectacle de la vie et des hommes.

Akerblad était un de ces voluptueux dont le type semblait disparu depuis Mécène, un de ces jouisseurs intelligents qui savent mettre la science et les études d’érudition au nombre de leurs plaisirs. Cet homme, qui déchiffrait

" F. del Furia. Lettera al Sig. Domenico Valeriani, publiée dans la Collezione d'opuscoli scientifici e litterarii. 5 Febrajo 1810. Stamperia di Borgo Ognissanti. Firenze.

? Qui était un ami de del Furia.

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