‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 142 sur 264 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

l’écrilure cursive copte, dont personne alors n’avait osé aborder l’étude, et qui lisait Platon et Sophocle dans des manuscrits du x° siècle, à grand renfort de besicles, était au demeurant d’une {elle paresse qu’il lui arrivait de passer au lil une partie de ses journées. Pendant l'hiver, caché « dans le duvet jusqu’au nez »,il se tenait à l’abri du froid, qui parfois sévit à Florence avec rigueur et qui est d'autant plus pénible à supporter qu'il ne se trouve point de cheminées dans les chambres où l’on couche.

Cet amateur de belles choses n’était pas relenu seulement par l'amour des arts et Le culte des vieux manuscrits dans la patrie des blondes Florentines. Il affichait avec si peu de réserve ses passions amoureuses que Courier ne larda pas à l’en plaisanter, même devant témoins, et c’est un fait curieux que sur trois lettres‘ qui existent de lui à l’austère del Furia, il y en a deux où se trouvent des allusions aux mœurs relâchées de celui qu’il appelle en riant l’Aristippe suédois.

Le choix des lectures de cet Épicurien se ressentait de ses goûts. [1 consacra une année entière, précisément celle où Courier le fréquenta, à se repaitre des érotiques grecs. Il finit par être saturé de cette littérature au point d’en éprouver du dégoût, et il sentit le besoin de relire Thucydide et Démosthène pour oublier ces platitudes ?.

1 En comptant les deux lettres inédites de Courier que nous publions ci-après.

2? Akerblad, né à Stockholm en 1763, mort à Rome, le 7 février 1819, avait été attaché à l'ambassade suédoise à Constantinople. IL visita une partie de l’Asie Mineure, la Syrie et la Palestine, et explora la Troade. Envoyé à Paris, vers 1800, avec le titre de chargé d’affaires de Suède, il y étudia les manuscrits coptes que la Bibliothèque avait reçus du Vatican. Les changements politiques survenus en Suède le portèrent à quitter la carrière diplomatique. C’est alors qu'il vint vivre à Florence. Ses principaux travaux sont une Lettre à Silvestre de Sacy sur l'écriture cursive

Akerblad ne pouvait mieux faire les honneurs de Florence à son nouvel ami qu’en le conduisant à la Badia, c’est-à-dire dans un sanctuaire vénérable pour tout amateur de l'antiquité. Cette bibliothèque, comme toutes celles des moines, avait été jusqu'alors presque inaccessible. Mais le Gouvernement français, qui prenait possession de la ‘Toscane, se disposait à faire ouvrir aux érudits ces trésors longtemps enfouis. « En une heure, dit Courier, nous y « vimes de quoi ravir en extase tous les hellénistes du « monde, quatre-vingts manuscrits des ix° et x° siècles ». Il adinira fort, entre autres raretés, un Plutarque où se trouvait une vie d'Epaminondas qui manque dans les imprimés. Mais surtout, pendant qu'Akerblad consultait le catalogue, il avisait un manuscrit de petit formatin-octavo, à peu près carré, dont l'écriture très fine, décolorée par le temps, semblait illisible‘. En l'examinant de plus près, il y découvrit, parmi beaucoup d’autres matières, les quatre livres de Daphais et Chloé du sophiste Longus, et crut même s’apercevoir que la lacune qu'on remarque au premier livre de toutes les éditions, n'existait pas dans ce manuscrit.

Pour faire la preuve de sa découverte, Courier aurait eu besoin de livres et de loisir; pressé de quitter Florence, il y renonça et même n'y pensa plus. Dès ce moment, à n’en pas douter, del Furia lui apprit qu'il travaillait depuis longtemps sur ce même manuscrit de la Badia?, lequel contient les fables d'Esope, dont il préparait une édition.

copte, et une Lettre au même sur l'Inscription égyptienne de Roselte.

‘IL faut être sorcier pour le lire ». Lettre à M. Clavier, 16 octobre 1809.

* La bibliothèque des moines de la Badia était inaccessible au public, mais, à la faveur de protections, del Furia et son sousbibliothécaire l'abbé Bencini avaient pu s’y glisser.

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