CHAPITRE XII
labre*, comme il savait le faire, s'essayant dès lors à produire les effets de terreur sur lesquels il comptait FOIX effrayer Mme Pigalle et ses amis de France.
Hélas! il devait éprouver encore bien des tribulations, avant de pouvoir s'accouder à la cheminée en face de cet auditoire d'élite dont la pensée l’avait accompagné et consolé dans ses voyages el ses épreuves.
1! fallait bien finir par arriver à Vérone. On l'y attendait depuis près de six mois, car il avait reçu, à Naples, son ordre de départ au début du mois d’août, et l’on était à la fin de janvier.
Il trouva, en arrivant, un ordre du ministre de la Guerre qui prescrivait de le mettre aux arrêts? et ordonpait la retenue d’une partie desses appointements.
Une autre lettre du ministre, datée du 3 novembre, lui demandait de faire connaître l’état de ses services. Il y répondit aussitôt avec un mélange de modestie excessive et de fierté cassante sous lequel perce un amer dépit: « Ayant « été, en Calabre, une fois pris et trois fois dépouillé par « les brigands, j'ai perdu tous mes papiers. Je n'ai d’ail- « leurs ni blessures, ni actions d'éclat à citer. Mes services « ne sont rien et ne méritent aucune attention ». Ce court billet était surtout pour lui prétexte à rappeler ses griefs contre Dedon; mais, par la même occasion, il ne craignail pas de renouveler ses torts.
Il osait écrire, au mépris de la discipline et de l'autorité des chefs : « Ce qu’il m'importe de vous rappeler, c'est que je suis ici aux arrêts par votre ordre pour avoir dit, à Naples, au général Dedon ce que tout le monde pense de lui ». En réalité, sa fugue de cinq mois et demi était un
1 A M. d’Agincourt, 17 février 1808 : « Je vous laisse à penser
que de contes et quels entretiens ».
2 [lIn'y a pas trace de cet ordre, dans le dossier de Courier qui
existe aux Archives administratives.
motif suffisant pour justifier la mesure de rigueur dont il était l'objet ; et il n'y avait plus lieu de mêler à cette affaire son ancien général.
Courier se retrouvait à Vérone au milieu de ses anciens camarades du 1* à cheval, régiment auquel il n'avait cessé d’appartenir, bien que détaché depuis trois ans à l’armée de Naples. Il faisait désormais partie de l’armée d'Italie, dont l'artillerie avait pour commandant en chef, à Milan, le général Sorbier. Quant à la garnison de Vérone, elle comprenait, outre un régiment d'infanterie, le 1° d’artillerie à cheval, le 2° à pied et le 4° à cheval. Le colonel de ce dernier régiment, Faure de Gière étant l'officier d’artillerie le plus élevé en grade, Courier fut placé sous ses ordres. Il fut par lui accueilli et traité « on ne peut pas mieux »'.
Installé chez de braves gens, dans un petit logement que le soleil éclairait de ses rayons toutes les fois qu’il perçait les brumes de ce rigoureux hiver, notre officier, condamné aux arrêls, mais par là même exempt de tout service de garnison, eut, grâce au colonel Faure, la liberté d'aller, de venir, et de faire des promenades aux environs. Bref, il ne fut jamais plus libre, affirme-t-il, que pendant qu’il se trouva prisonnier ?.
Au bout d’un mois, il reçut l’ordre de se rendre à Florence, pour y « remplir provisoirement les fonctions de
! « J'ai trouvé ici les meilleures gens du monde. Le colonel Faure m’a traité on ne peut pas mieux, et ses arrêts de rigueur me plaisent bien plus que les caresses de certains généraux. Malheureusement, 1l s'en va et me laisse sous la patte du major ». À M. Haxo. Éd. Sautelet, tome I, page 224. Il s’agit évidemment du major Griois qui commandait le 1% à cheval et auquel Courier restait subordonné après le départ du colonel Faure de Gière.
? Lettre à Haxo. Vérone, 2 février 1808.