‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 145 sur 264 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sous-chef d'Étal-major d'artillerie » ‘. 1] devait dépendre du général de brigade d'Arancey qui élait nommé, depuis le 29 janvier seulement, commandant supérieur de l'artillerie du Grand-Duché de Toscane. Mais ce général n'avait pu encore rejoindre son nouveau poste, car il venait d’Allemagne, où il avait commandé, en 1807, les équipages de siège à la Grande Armée. Courier dut l’attendre quelques jours; il profita de cette aubaine pour visiter-les curiosités de Florence. Le temps s'était radouci?, et il put se promener. Il découvrit alors les merveilles artistiques de la galerie des Ufizt et les splendeurs du Palais Ducal. « Ce séjour-ci me plaît fort », écrivait-il à son ami d’Agincourt. Jamais en effet le séjour de cette délicieuse capitale ne dut être plus enchanteur pour un Français. Le rêve désintéressé de l’artiste et du poète s'illuminait de l'éclat joyeux d’une réalité, qui faisait de Florence, cette seconde patrie des modernes qui pensent, un coin de notre France. Courier aimail l'Italie peur elle-même, pour ses chefsd'œuvre et pour ses souvenirs, mais il n’élait pas insensible au plaisir de s’y sentir chez fui, et si depuis longtemps il caressait le projet de s’y établir, c’est qu’il comptait bien y vivre sous la protection des lois de son pays natal°. S'il détestait l’autorité, il n’avait pas plus d’aversion pour celle qui s’exerçait de Paris que pour les gouvernements despotiques que nous avions supplantés dans la Péninsule, et, à tout prendre, il aimait mieux dépendre d’un préfet que d’un Grand-Duc.

1 Dépôt de la Guerre. Arch. administratives. États de service de Courier.

2 [] ne se sert plus que du passé pour parler des rigueurs de l'hiver. Lettre à M. d’Agincourt, 17 février 1808.

3 « Si le royaume d'Italie s'établit, j'aurai de grands avantages à m'y fixer », écrivait-il dès 1805, à un ami qui lui vantait la douceur du climat angevin.

GASCHET. 20

L'arrivée du général d'Arancey mit bientôt un terme à ses délicieuses flâneries, et fixa son sort. Envoyé à Livourne, pour y commander l'artillerie, avec le titre de sous-directeur, il partit sans retard, en homme à qui sa récente mésaventure avait servi de lecon. Il put du moins, avant de quitter Florence, faire la connaissance de son nouveau chef. Celui-là n’avait rien du brutal Dedon ; il n’était point de ces insolents parvenus dont Courier ne pouvait tolérer les manières. D’Arancevy, fort bon gentilhomme et chevalier de Saint-Louis, était capilaine d'artillerie dix ans avant la Révolution; resté au service après la mort de Louis XVI, il n’en avait pas moins été soupçonné d'opipions inciviques, arrêté et jeté en prison sous la Terreur. Acquitté faute de preuves, il avait fourni une honorable carrière, qu’il devait terminer comme Inspecteur général d'artillerie’. Il eut des rapports pleins de bienveillance avec son subordonné, dont il obtint toute la confiance; on a vu que Courier entretint toujours d'excellentes relations avec ceux de ses chefs ou de ses camarades qui appartenaient, soit à la noblesse, soit à la vieille bourgeoisie d'avant la Révolution. Avec de telles gens, il se sentait à l’aise étant lui-même d'une fort bonne famille; il pouvait décocher des épigrammes contre les parvenus du régime impérial, et quelle que fût la hardiesse de ses saillies, même

1 Joseph-Gabriel Aubry d’Arancey naquit le 20 août 1749 à Vitry-le-François. Aspirant au corps de l'artillerie le 10 août 1766, élève d'artillerie l’année suivante, il devint lieutenant en 1768, capitaine en 1779, chef de bataillon en 1793. Promu la même année chef de brigade, il ne devint général de brigade que le 10 juillet 1806. Inspecteur général d'artillerie en 1811, il commanda, à plusieurs reprises, les équipages de siège à la Grande Armée, notamment en 1812 sous les ordres du Duc de Tarente. 1] fut retraité pour ancienneté de services par décret du 18 février 1813. Dépôt de la Guerre. Archives administratives.

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