‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 147 sur 264 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

En possession du manuscrit, del Furia prévint M"° Dionigi, qui le pria encore de {rouver une occasion pour le faire porter à Milan' au poète Monti. Monti était chargé par elle de le présenter à Lamberti. Le bon del Furia sut découvrir l’homine de confiance, dont avait besoin M”° Dionigi, dans la personne du libraire Molini de Florence que ses affaires appelaient fréquemment dans la capitale du royaume d'Italie. [Il promit de remettre à Lamberti en mains propres l'ouvrage sur la Perspective.

C'est donc à l’occasion de Courier que la Dionigi était entrée en relation avec le conservateur de la Laurentienne. Elle continua dès lors à lui écrire et lui recommanda de nombreux savants qui, passant par Florence, étaient curieux de visiter la bibliothèque médicéenne. Plus tard, lorsqu'une affaire retentissante eut mis aux prises Courier et del Furia, elle resta très attachée à ce dernier et ne cessa de lui témoigner la plus grande estime, soit qu’elle donaât réellement tort à l’érudit français soit que le patriotisme lui fit un devoir de prendre parti pour le lettré italien.

Le billet inédit que nous publions ci-dessus est une des premières pièces d’une correspondance assez suivie qui s’échangea, en cette année 1808, entre le conservateur de

à corriger. Courier ne semble pas connaître encore le nom exact du préfet de la bibliothèque Laurentienne, qu'il appelle Furia tout court. Une autre erreur plus grave lui fait confondre la fameuse église della Santissima Annunziata avec celle della Santa Trinità. Le palais Capponi, où habitait d’Arancey, est situé près de la première de ces églises. L'officier n’est pas très fort sur la topographie ecclésiastique de Florence. Signalons en passant la réminiscence poétique du post-scriplum, qui nous laisse entendre que le docte mais voluptueux Akerblad n'était pas retenu aux rives d'Arno par le seul amour du grec.

1 On voit qu'elle renonçait à offrir son travail à l'Académie de Samt-Luc.

Florence et le commandant de l'artillerie à Livourne. Avant son départ, il avait à San Lorenzo jeté des yeux d'envie sur un manuscrit de Sophocle. Ne pouvant le collationner faute de temps, il chargea les deux acolytes de del Furia, les sieurs Bencini et Gelli ‘, de lui adresser à Livourne quelques échantillons des variantes du Philoctète que contenait ce manuscrit. Courier, charmé de ces leçons inconnues de Brunck, écrit à del Furia : « Priez ces Mes- « sieurs en mon nom, et au nom des Muses, de terminer la « collation du Philoctète. Ce travail fini, ils devront s’atta- « quer au Plutarque de la Ricardiana* ». Il faut noter, dans cette lettre, l'estime particulière qu'il témoigne au préfet de San Lorenzo, en lui adressant ce compliment : « Mi « creda, signor Furia, non usiamo fra noi ceremonie de” «tempi bassi, ma tutto all’uso del secolo d'oro. "Ebswoo ». N'était-ce pas, sous la plume de l’helléniste, une tournure gracieuse qui élevait Furia au rang des esprits d'élite dignes du siècle d’or de la littérature grecque?

Aussi, pour se montrer reconnaissant, celui-ci s'empresse d’expédier à Livourne la collation du Philoctète exécutée, sous sa surveillance, par ses deux collaborateurs avec tout le soin possible; et il se met à son entièré disposition en

! L'abbé Bencini était sous-bibliothécaire, Gelli, dont le nom est écrit par erreur Selli dans les éditions de Courier, était lecteur de langue grecque à la Laurentienne. Nous avons trouvé au tableau des dépenses des Établissements publics à la charge de la ville de Florence pour 1808 et 1809, l’état des traitements de ces employés : del Furia touchait par an 1512 livres, le lecteur de langue grecque recevait € 705,60 et le sous-bibliothécaire £ 470,40. Les dépenses totales de la Laurentienne s'élèvent à £ 5960,20. Archivio di Stato. Prefettura del Arno.

* Al Signor del Furia. Éd. Sautelet, I, p. 254. C'est la seule lettre à del Furia qui soit publiée dans les œuvres de Courier. En revanche, elle n'existe pas en original dans la collection des lettres que del Furia a léguées à la bibliothèque de Florence.

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