CHAPITRE XIL
elles firent place aux outragesles plus.blessants. Après avoir qualifié Furia de « doctissime bibliothécaire », il le déclara «stupide » et digne seulement de balayer la Bibliothèque. Or, si del Furia fut, ce qui est vrai, un fonctionnaire consciencieux plutôt qu'un savant helléniste, nous con-
viendrons qu’il ne méritait ni cet excès d'honneur ni ce torrent d'injures. Concluons donc que ce qui caractérise surtout Paul-Louis en colère, c'est d’oublier l'art des nuances el de dépasser singulièrement la mesure; mais ce qui nuit à l'équité de son jugement contribue au succès du pamphlétaire.
Retenu à Livourne par son service pendant le reste de l'année 1808, Courier savait charmer ses loisirs en lisant et relisant les anciens. C’est ainsi qu'il entretenait sa « belle et constante passion pour les Muses grecques » jusque « dans la ville la plus indocte de l'Italie et où l’on n’en- « tend parler que de lettres de change et de marchandises « coloniales »".
En l'installant comme sous-directeur d'artillerie, le bon général d’Arancey avait réclamé pour lui au Directeur de l'artillerie du ministère de la Guerre une indemnité de 50 francs par mois « attendu les frais d'écritures et autres » qu'il était dans le cas de supporter à l’occasion de ses fonctions. Par une lettre du 23 avril, Gassendi informait d'Arancey que cette indemaité lui élait accordée provisoirement, « à compler du 4° mars qu’il est entré en fonctions »*°.
Son service en lui-même élait « peu de chose et cependant fort pénible », car il manquait de tout. [1 était mal secondé; les trois compagnies d'artillerie à pied, placées sous ses ordres, n'avaient ni officiers instruils et capables,
1 Lettre de M. Akerblad. Florence, 16 novembre 1808. 2 Dépôt de la guerre. Archives administralives.
ni bons sous-officiers'. Pour le matériel, il n’y avait pas même de garde d'artillerie. Courier découragé considérait ses fonctions comme « inutiles », et il se plaint, dans une lettre au général d’Anthouard, de ce qu'on le tient à Livourne « à compter de vieux boulets rouillés ».
Pour échapper à ces ennuis, el surtout pour s'occuper de ses affaires personnelles, qui périclitaient en son absence, il avait demandé, dès son arrivée à Livourne, un congé afin de se rendre en France.
Ayant besoin d’un protecteur pour l’appuyer auprès du, minisire, il se souvint de la sympathie et de l'amitié que lui avait témoignée à Strasbourg, en 1801, le colonel de Lariboisière, alors directeur d'artillerie, qui venait, depuis un an, d'être élevé au grade de général de division?. IL chargea donc sou parent M. Pigalle de remettre une supplique au général. Mais son congé lui fut refusé. Battu de ce côté, il ne se rebuta point et se tourna vers un autre protecteur le général d’Anthouard, sous les ordres duquel il avait servi en 1804 à Plaisance, au 1° régiment d’artillerie légère ; devenu général de brigade, depuis le 41 février 1806, d'Anthouard n'avait pas quitté l'Italie. Résidant à Milan à côté du prince Eugène, vice-roi d'Italie, dont il n'allait pas tarder à devenir aide de camp, il jouissait d’une grande influence auprès de cette Altesse.
Par une lettre bien spirituelle, Courier charge son ami Haxo, passé de Brescia à Milan, de voir le général, dont les dispositions à son égard lui semblent douteuses, et même suspectes, et de lui exposer de vive voix toutes les bonnes raisons qu’il a de demander à rentrer en France. Mais il ne réussit pas mieux de ce côté ; il fut « éconduit tout à plat ». Devant rénoncer à venir en France s'occuper
‘ Lettre de Courier à d’Arancey; 13 septembre 1808.
* La promolion du général de division de Lariboisière est du 3 Janvier 1807.