‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 150 sur 264 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

de ses affaires, il se raltacha à l’idée d'obtenir un congé pour Rome. Il se flattait d'y réussir et de gagner donandu, c'est-à-dire à beaux deniers, comptants, la personne (qu'il ne nomme pas) dont dépendait celte faveur. Il paraît qu'il éprouva une nouvelle déception, car il ne fit point à Rome le voyage annoncé dans une lettre à d’Agincourt!.

Au pauvre Paul-Louis ainsi enchaïné à son poste, et mis hors d’état, pour la première fois de sa vie, de suivre son humeur voyageuse et vagabonde, il ne restait que la ressource de s’habituer à sa prison. 11 se résigna tant bien que mal et se laissa vivre. « Pour vous dire ce que je fais ici, je mange, je bois, je dors, je me baigne tous les jours dans la mer, je me promène quandil fait beau? ». En vérité, le souvenir de Livourne et de ses enviroas, de ces petits villages de pêcheurs situés au bord des flots bleus de la Méditerranée, Ardenza, Antegnano, San-Jacopo, nous empêche de trop plaindre notre officier, qui confesse, au demeurant, que son service se réduisait à rien, el qui profita de ses loisirs pour flâner délicieusement.

La douce monotonie de cette existence ne fut troublée que par l’importune visite du général Sorbier*. On sait qu'il commandait à Milan l'artillerie de l’armée d'Italie. C'était un véritable homme de guerre, selon l'expression de M. Chuquet‘, mais il était dur, sec, tranchant, bien digne,

‘ Édit. Sautelet, t. I, p. 259.

? Jbid. Il put aussi faire du grec avec le chanoine Fortini, bon helléniste et fort honnête homme, qui devint son ami intime. Reéponse aux Anonymes, n° 2.

3 Jean-Berthelmot Sorbier, né à Paris en 1762, futélève d’artillerie à l’Ecole de Metz, adjudant général chef d’escadron (22 juin 1793) après la bataille d’Arlon, chef de brigade du 3° d'artillerie à cheval ; il fut nommé général de brigade sur le champ de bataille par Hoche en 1797. Il devint divisionnaire le 6 janvier 1800 et premier inspecteur général en 1813.

# Mémoires de Griois. Introduction.

en un mot, des qualificatifs que lui décerne Courier : un insupportable mortel, un soldataccio'. Peu favorable d'avance à notre officier, il partit de Livourne encore plus mal disposé à son égard. On conçoit que son démêlé retentissant avec Dedon eût fort mal posé Courier auprès des généraux appelés à l'avoir sous leurs ordres; mais il aggrava ses torts et il acheva de se perdre dans l'esprit de son chef par une bévue singulière. Sorbier s’enorgueillissait d’avoir formé la première compagnie d'artillerie à cheval, et d’être le créateur d'une arme qui avait contribué puissamment la gloire de la France*. Par malheur, il « conservait «pour cette arme une prédilection, on pourrait dire un «amour, qui le rendait souventinjuste envers l'artillerie à « pied ». Et Griois cite des exemples de sa partialité révoltante. À cet homme animé de toute la passion d’un inventeur Courier n’alla-t-il pas déclarer, par une véritable aberration d'esprit, que l’artillerie à cheval étail, comme

les dragons, une arme bâtarde, une troupe organisée sous de faux principes? « Ce discours le jeta dans un accès de frénésie alarmant », et le sang-froid de Courier « achevant de le mettre hors de lui, il lui dit beaucoup de choses que son élat excusait »°,

Les notes que Sorbier donna à son subordonné se ressentirent naturellement de cette algarade et nuisirent dès Jors à sa carrière; malgré son apathie, Paul-Louis s’en inquiéla au point d'écrire aussitôt à son chef direct le général d'Arancey, dans l'espoir d’atténuer dans son esprit l'effet des commentaires désobligeants de l'Inspecteur.

1 Ed. Sautelet, 1, p. 247.

* Mémoires de Griois, p. 370, en note. Griois qui avait du goût pour lartillerie à cheval fut jugé par Sorbier d'une manière très flatteuse.

3 Édit, Sautelet, F%p2254,

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