‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 154 sur 264 · L'AVENTURE DE VIENNE · texte numérisé non relu

L'AVENTURE DE VIENNE

Courier jouit de sa liberté à Milan. — Il assiste chez Lamberti aux réunions d’un petit cénacle de lettrés : Monti, Mustoxidi, etc. — Il partage les goûts de ces puristes. — Il loue la tentative de Bossi pour reproduire la Cène de Léonard de Vinci. — Étroitesse de son goût artistique et littéraire. — Histoire de la publication des traités de Xénophon sur la cavalerie traduits par Courier. — Arrivée à Paris. — Il demande à reprendre du service. — Rapport officiel sur sa réintégration. — Départ pour Vienne. — Préparatifs pour passer le Danube. — Courier, bien recu par le général de Lariboisière, ne tarde pas à se brouiller avec lui. -- 11 renonce à se procurer un cheval, bien qu’il ait un banquier disposé à lui prêter de l’argent. — Dès lors, il lui devient impossible de prendre part à la grande bataille qui se prépare. — Son ardeur se refroidit. — Son rôle au passage du Danube le 4 juillet. — Première journée de Wagram : Courier abandonne l'état-major du 4€ corps. — Son départ pour Strasbourg. — Villégiature en Suisse. — Traduction libre de la vie de Périclès. — Ses jugements erronés sur Plutarque : il lui prête son propre mépris de l’histoire. — Valeur de sa traduction.

Libre, Courier l'était en effet « à peu près comme un cheval qui a rompu son lien »!, expression fort naturelle sous sa plume de traducteur de Xénophon. Rien ne l’em-

1 Edit. Sautelet, [, p. 381.

pêchait plus de courir en France où « le diable s'était mis dans ses affaires »; mais, par un trait de caractère qui peint l'homme, du moment qu'il peut partir, il n’est plus si pressé de se mettre en route. Les soins urgents, qui l'appelaient en Touraine, peuvent dès lors être différés jusqu'au printemps, et voilà qu’il projette d'attendre, pour aller chez lui, « que la neige soit un peu fondue sur les Alpes »‘. Sa démission n’élait donc qu’une boutade, malgré les réflexions qui l'avaient préparée; car enfin, ou bien il avait en France, comme il l’aftirme, « des intérêts très pressants », et il fallait partir sur l'heure, malgré les neiges du mont Genis’, ou bien ses affaires, tout en allant assez mal, souffraient quelques délais, et il pouvait encore rester au service.

En dépit de la joie qu’il manifeste dans ses lettres, Courier devait regretter bientôt ce que ses meilleurs amis, comme,Clavier et Akerblad, ne manquèrent pas d’appeler son « coup de têle ». Ce qui le démontre le mieux, ce sont les raisons qu’il cherche pour se prouver à lui-même, et pour prouver aux autres, qu'il a pris un sage parti. Avant même que sa démission soit acceptée, il écrit à M"° Dionigi : « Je ne pouvais guère, ce me semble, quitter « de meilleure grâce, ni plus à propos, un métier dans « lequel il ne faut pas vieillir ». Dans cette lettre, qui est du 12 mars, il paraît bien se donner après coup, pour justifier sa conduite, des raisons auxquelles il n'avait point songé d’abord. D'ailleurs, les événements ne devaient pas tarder à démontrer que Courier ne se résignait point à l'idée d’être passé souvent près de la gloire sans en avoir obtenu sa petite part; etsa rentrée au service prouve chez

! Lettre à Akerblad. Ed. Sautelet, 1, p. 291.

? La neige ne supprimait pas totalement les communications entre la France et l'Italie. Courier avait franchi le col du Fréjus au mois de décembre 1798.

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