‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 158 sur 264 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

plus funeste lorsqu'on l’applique aux œuvres littéraires. L'exemple du xwir siècle a bien montré quelie chose insipide était la copie d'une tragédie de Racine. C'est que la poésie ne vit que d'inspiration; et l'inspiration vient du moment, des circonstances, du caractère de l’auteur, de ses chagrins ou de ses joies. L'art littéraire doit prendre pour devise : non tam meliora quam nova. Faute de l’entendre ainsi, les écoles ou les individus tombent dans ce genre faux qu’on appelle académisme. L'auteur des Pampblels a dû se convaincre plus tard qu'il n’était entré vraiment dans la gloire qu’en abordant un genre où il n'avait pas de devanciers, au moins dans son pays.

Quelque agréables que lui parussent ces relations avec des peintres, des poètes ou des hellénistes, il ne passa pas tout son temps auprès de ses nouveaux amis; il voulut tenir à jour sa correspondance. Il était en retard avec M*° Dionigi. On se rappelle le peu d'empressement qu’il avait mis à traduire en français sa Perspective et la nécessité, où celle aimable femme s'était trouvée réduite, de réclamer son manuscrit. Courier désirait se faire pardonner. Justement, elle lui en offrit l’occasion en lui adressant à Milan une lettre accompagnée du programme d’un nouvel ouvrage qu’elle destinait au public, et pour lequel elle cherchait des souscripteurs. 11 s'agissait des études sur les villes saturnales de l'Ancien Latium’. Son correspondant s’empressa de répondre, mais non de souscrire. Îl eut recours à sa défaite habituelle; il élait en voyage, il habitait les grands chemins. D'ailleurs il promettait de recommander à Paris le travail de son amie et de la servir dans ses intérêts. Quant à la Perspective, il se faisait toujours une fête de la traduire, mais pour mener à bien cetle entreprise, il lui fallait être à Rome près d'elle et y travail-

à Viaggi in alcune Città del Lazio fondate dal Re Saturno, da Marianna Candidi Dionigi. Roma, 1509, in-fol®.

ler avec elle, bonheur qui ne devait guère tarder pour lui. Ah! le bon billet qu'avait là M"° Dionigi! Courier sans doute n’imaginait guère, à ce moment, qu'il allait avoir deux fâcheuses aventures, l’une à Vienne, l’autre à Florence, et qu'il ne reverrait Rome que fugitif et honteux, après avoir ameuté contre lui les autorités militaires de France et le monde lettré d'Italie.

Tandis qu'il attendait toujours la fonte des neiges pour passer les Alpes, ses dernières préoccupations furent relatives à la publication de son traité de la cavalerie de Xénophon.

Désespérant, faute de livres et de loisirs suffisants, d'amener jamais cette œuvre à la perfection qu'il eût rêvée, il avait pris le parti, à l’instigation de Sainte-Croix, de la publier « sous les auspices » de ce savant. Suivant son conseil, il remit le manuscrit à M. de Gérando, cet aimable membre de la Junte de Toscane, qui se chargeait de le faire parvenir à Paris aux frais du Gouvernement. Dès lors, l’auteur éprouva une vive impatience de voir paraître son ouvrage. Îl pressait Sainte-Croix de traiter sans retard avec un libraire pour l'impression, car il craignait d’être devancé par Gail?. Il comptait bien d’ailleurs n’avoir pas à supporter les frais d'impression.

Mais il allait jouer de malheur : Sainte-Croix venait d'être éprouvé par un deuil cruel, la mort de sa fille*, qui porta une grave atteinte à sa santé. Courier, fort attentif à mériter les bonnes grâces d’un homme dont il avait besoin pour soigner son édition, s’empressa de lui indiquer un régime qui avait fait merveilles lorsque M. d’Agincourt l'avait suivi. C’est le régime végétarien, que les médecins

! Ou peut-être de le porter lui-même, à l’occasion de quelque voyage.

? Edit. Sautelet, t. I, p 276.

% Ibid:, p. 279.

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