‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 159 sur 264 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

d'alors ne soupçonnaient pas, mais qui avait été indiqué à d’Agincourt par le chevalier Azara, lequel l'avait vu employer en Espagne avec succès.

Mais les progrès du mal étaient trop avancés ; l’état d’infirmité où se trouvait le malheureux savant dégénéra bientôt en une maladie putride qui ne laissa plus à ses amis aucun espoir de le sauver. Courier apprit sa mort le 13 mars 1809.

Ayant de mourir, Sainte-Croix avait transmis le manuscrit de Xénophon à Silvestre de Sacy, en le priant de s’entendre avec un éditeur. Lenormant promit d'imprimer l'ouvrage. Courier croyait n'avoir plus qu’à se recommander aux soins cbligeants de M. de Sacy pour surveiller l'édition ; le séjour qu’il comptait faire à Paris devait être si court qu’il ne voulait pas se mêler lui-même de ce travail. On reconnaît ici son égoïsme d'enfant gâté, häbitué à se décharger sur les autres de toutes les corvées qui pouvaient lui incomber. Mais il se flattait en vain d’avoir trouvé ua remplaçant disposé à se donner de la peine pour lui. Faute de s'être occupé de son édition, elle ne parut pas à la date espérée; et il sembla n’y plus penser. Sorti des mains du savant auquel l'avait confié Sainte-Croix, le manuscrit alla échouer chez un certain Stone qui, faute de caractères grecs et d’un compositeur expert, ne put l’imprimer qu’à moitié?, si bien que la publication fut retardée jusqu’en 1813. Elle eut lieu alors aux frais du libraire Eberbart*.

1 Silvestre de Sacy se désintéressa complètement de Courier lorsqu'il eut publié sa Lettre à Renouard, qu’il ne pouvait lui pardonner. D'ailleurs Paul-Louis était habitué à compter sur autrui au point de se flatter que Boissonnade mettrait sur son grec les accents qu'il avait tous omis.

2? À la date du 3 octobre 1810, Courier ne savait plus trop ce qu'était devenu son Xénophon. Lettre à Silvestre de Sacy. « Je ne sais bonnement où il est, ni ce qu’il deviendra ».

3 Ju commandement de la cavalerie, et de l'équitation. Deux

L'auteur, qui annonçait à de Sacy sa prochaine visite, tint exactement sa parole. Il était à Paris dès le 14 avril. Quelle sensation ne dut-il pas éprouver en retombant, après cinq ans d'absence, au milieu de cette ville brillante? Quelle secousse pour un homme, échappé des cénacles littéraires de Milan, qui passait des joies calmes et des élégances provinciales de la Lombardie à la fièvre du Paris capitale du monde!

En cette année 1809, l'Empereur était à l’apogée de la gloire, sinon du bonheur. Dans toutes les langues du monde, on l’appelait alors « le plus grand héros des temps modernes ». Toute l’Europe domptée était prosternée devant lui. La rupture avec l'Autriche, loin d’ébranler sa puissance, allait aviver sa gloire de l'éclat de nouvelles victoires.

Deux jours avant l’arrivée de Courier, Napoléon venait de partir pour rejoindre son armée, rassemblée entre Augsbourg et Ratisbonne.

Ce brusque départ laissait Paris frémissant et agité dans l'attente de quelque retentissant bulletin de victoire. On avait le pressentiment de grandes choses, car Napoléon voulait frapper un coup décisif pour écraser l’Autriche son éternelle ennemie : et il est de fait qu'il allait, dans une campagne de cinq jours, exécuter « l’une des plus belles opérations de sa prodigieuse carrière! ». La nouvelle foudroyante de la victoire d'Eckmühl ne tarda pas à parvenir aux oreilles de Courier. En cinq jours, le prestigieux capitaine secondé par Davout, Lannes et Masséna avait désagrégé la Grande armée des Autrichiens, rejeté l’archiduc Charles dans les défilés de la Bohême, détruit ou pris soixante mille hommes et plus de cent pièces de canon, et rendu enfin à ses soldats la réputation que les échecs en

livres de Xénophon, traduits par un officier d'artillerie à cheval. Paris, Eberhart (sans date).

1 Thiers, livre 34.

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