CHAPITRE XII
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a écrit ces mots : « L’envoyer dès à présent à l'armée d’Allemagne ».
De son côté, Courier fut avisé, à la date du 7 mai, par une lettre du ministre de la Guerre, qu'il pouvait, en attendant la décision de l'Empereur, se rendre au quartier général de l’armée d'Allemagne pour y être à la disposition de M. le Général Songis'.
En possession de cette lettre, l'officier en instance de réintégration n’avait plus qu’à partir pour Vienne, où déjà Napoléon était sur le point de faire son entrée. Mais Courier, qui revenait d'Italie « pour mettre ordre à ses affaires », n'avait pas même eu le loisir d’aller faire un voyage en Touraine, où ses fermiers avaient cessé de le payer et où ses débiteurs avaient oublié leurs engagements. Ainsi, malgré le désordre certain d’une fortune négligée depuis cinq ans, l'intéressé avait exagéré ses inquiétudes et ses pertes. Elles le tourmentaient si peu que, rentré en France, au lieu de se hâter de courir au plus pressé, il faisait des démarches pour reprendre du service; quand il eut obtenu la permission de rejoindre l’armée, il se décida seulement à régler ses affaires de Luynes, où il se contenta d'aller passer quelques jours.
Parti le 28 mai pour Strasbourg, il y arriva le 4°" juin et s'empressa de donner de ses nouvelles à la famille Clavier, avec laquelle il avait, pendant son séjour à Paris, renouvelé ses anciennes relations. Le 15 juin, il était à Vienne. De terribles événements militaires venaient de s’y passer. La bataille sanglante et indécise livrée à Essling avait ébranlé le prestige de l'Empereur et inauguré la cruelle
1 C'était Songis qui commandait alors l'artillerie de l'armée; il fut remplacé, après Essling, par Lariboisière lui-même. Cette lettre du ministre de la Guerre est transmise et signée pour copie conforme par Lariboisière. En marge de la minute, on lit ces mots: Décret du 14 juin exécuté le 22 juin. Voir Appendice, n° X.
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série de ces grandes tueries inutiles qui ont caractérisé les dernières guerres de Napoléon.
Courier avait rêvé, on le sait, de faire une campagne sous le grand Capitaine, dont il raillait parfois les vanités et les petitesses de caractère, mais dont il admirait sincèrement le génie militaire’. C'était cet espoir longtemps caressé en vain, qui, s'étant soudainement réveillé au bruit des victoirés d’Abensberg et d'Eckmühl, l'avait poussé à reprendre le harnais.
Quelle impression allait-il ressentir à la vue du héros, et comment allait-il juger le vainqueur de l’Europe, qui commençait à éprouver l'inconstance de la Fortune?
Au lendemain de lPéchec d’Essling, Napoléon méditant une éclatante revanche, concentrait ses troupes, exécutait de grands travaux en vue de préparer à nouveau le passage du Danube et de le rendre, cette fois, assez sûr pour n'avoir plus à craindre d’être coupé de Vienne par une crue du fleuve. Afin de réparer l'imprudence de sa première entreprise, il avait fait appel à toutes les ressources de l’art, de la nature et de son propre génie,
Aussi, lorsque Courier, réintégré provisoirement, pénétra dans l’île Lobau, il fut frappé de la grandeur des préparatifs et de la puissance de conception du stratège qui avait accumulé sur le même point des moyens si considérables; car jamais, jusqu’à ce jour, de telles opérations n'avaient, suivant le mot d’un historien, été ni projetées ni exécutées sur une pareille échelle. Cette vue impressionna le pauvre artilleur de Calabre habitué à la déri-
1 Ces deux sentiments opposés sont exprimés clairement dans la lettre de Plaisance qui commence par ces mots : « Nous venons de faire un empereur... »., C’est là que Courier écrit : « Bonaparte, soldat, chef d'armée, le premier capitaine du monde. ». Et il ajoute : « Pauvre homme, ses idées sont au-dessous de sa fortune ».