‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 162 sur 264 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sion de ses pièces de montagne‘. Plus tard sans doute, il essaiera de parler en raillant de son aventure de Vienne, mais dans le premier moment il fut trop saisi pour ne pas être sincère quand il écrivait à M°° Dionigi? : « J'ai vu de près les grands événements et j'ai à vous faire des récits sans fin ».

Lorsqu’il arriva, le 15 juin, rien n’était encore terminé de ces immenses travaux qui avaient transformé les îles et la rive droite du Danube en de vastes chantiers où s’employaient des milliers d'ouvriers. 11 songea d’abord à faire régulariser sa situation et alla droit au général Lariboisière; pour se ménager un meilleur accueil, il lui apportait des nouvelles « récentes et satisfaisantes » de la comtesse, que son mari avait quittée malade. Courier fut bien reçu; il eut la satisfaction d'apprendre de la bouche du général que Songis s’en étail allé et que c'était lui-même qui le remplaçail dans le commandement de l'artillerie de l’armée. Son affaire était donc en de bonnes mains.

Dès le jour suivant, elle fut présentée à l'Empereur qui « s’avisa de demander ce que c'était que ce chef d’escadron, et pourquoi il avait quitté ». Le général de Lariboisière répondit avec tant de prudence que Napoléon accorda la réintégration. Paul-Louis en éprouva de la joie, car décidément l’ardeur militaire lui était revenue et devait l’animer. jusqu’au jour du combat exclusivement. Il s’empressa d'écrire à la comtesse de Lariboisière et de lui exprimer la reconnaissance qu'iléprouvait pour le général”. « Si cet attachement d’un officier à son chef fait quelque chose au service, il n’y aura point dans l’armée, disait-

1 ,« N'ayant point d'artillerie (car nos pièces de montagne c’est une dérision), je fais l’aide de camp ». Lettre écrite de Morano, le 9 mars 1806.

2 Strasbourg, 18 juillet 1809.

3 Lettre du 19 juin.

il, d'officier qui serve mieux que moi ». Belle promesse qui devait bientôt être tristement démentie par sa piteuse attitude sur le champ de bataille!

D'ailleurs les déceptions ne tardèrent point à venir. Le général, très absorbé par ses hautes fonctions, n’eut guère le temps de traiter en camarade l'officier qu'il avait fréquenté, à Strasbourg, huit ans plus tôt. Celui-ci crut que c'était par morgue, et sa vieille haine héréditaire pour la noblesse se réveillant à point, il s’avisa qu'il avait {rouvé un comte là où il espérait rencontrer un ami. Son mécontentement fut porté au comble lorsqu'il reçut l’ordre de passer au 4° corps, où il était placé, toujours provisoirement?. Il s'était flatté de suivre, pendant toute cette campagne, le commandant de l'artillerie en qualité d’aide de camp, et déjà il s'était mis en quête d’une monture. II n'avait pu trouver, dans toute l’armée, qu’un seul cheval à vendre, et à un prix assez élevé, N'ayant pas reçu les fonds qu’il attendait de France, il dut avoir recours au général de Lariboisière, qui lui promit de venir à son aide. Courier s'engagea donc à prendre le cheval, qui appartenait à un officier bavarois, et commença à s'en servir. Cependant l'argent n'arrivait pas; n’osant plus compter sur le général dont les dispositions à son égard lui paraissaient « changées », il chercha d'un autre côté. Il y avait à l'armée plus d’un officier à qui jadis il avait rendu des services d’argent*; personne ne voulut lui consentir une avance ; ce dont Cou-

! « Je pensais trouver un ami, mais hélas! c'était un comtel » Lettre du 14 octobre 1809. D'ailleurs, je ne puis accepter le récit de Griois (Mémoires, p. 203).

? Décret du 14 juin exécuté le 22 juin. Il fut sous les ordres du général Aubry.

? Courier avait retrouvé des camarades dans l’île Lobau: il fut même accusé, un an plus tard, par le général Gassendi de s'être enivré avec eux.

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