‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 176 sur 264 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

nouveau gouvernement. Ce petit monde, qui constituait alors la société brillante de Florence, empruntait tout son éclat au soleil impérial et gravitait autour de la Grande- Duchesse de Toscane, la Princesse comme on l’appelait tout court.

Sœur de Napoléon, mariée au prince Bacciocchi, souverain de Lucques et de Piombino, elle venait de s'établir, depuis quelques mois, au palais Pitti où, ornée d’un titre surtout honorifique, elle régnait sur une petite cour avec Puccini pour chambellan. A défaut des réalités du pouvoir, elle recherchait avidement toutes les adulations qui en consolent les âmes vaines. Ambitieuse d’ailleurs comme une Bonaparte, elle veut recevoir les hommages des fonctionnaires impériaux, elle cherche à plaire aux Italiens, flatte le clergé si rudement mené par le gouvernement, et, pour faire montre d’un semblant d'autorité, intervient auprès du Préfet, tantôt en faveur des curés, tantôt en

. faveur dés évêques".

! C’est le 2 avril 1809 que la Princesse, qu’on appelait aussi Madama la Granduchessa s'était installée au Palais Pitti. Voici comment elle est qualifiée dans l’Almanacco reale per l’anno 1812: Maria-Anna-Elisa, Sorella dell’ Imperatore dei Francesi, Granduchessa avente il governo generale dei Dipartimenti della Toscana, nata il 3 gennajo 1777, maritata con Felice, Principe di Lucca e Piombino. À peine établie à Florence, nous voyons cette remuante personne chercher à consolider son autorité en intercédant auprès du prétet en faveur des prêtres. Elle lui transmet la réclamation des évêques, qui se plaignent des difficultés que l'administration leur crée pour correspondre avec les curés. A l'occasion de la Saint-Napoléon, c’est ainsi qu'on appelait la fête du 15 août, elle offre des dots à cent jeunes filles, et organise dans les jardins du palais Pitti de merveilleuses réjouissances. Elle veut que la pompe déployée impressionne le bon peuple de Toscane. Rien de plus alléchant que ce programme : l’amphithéâtre, qui se trouve en face du palais, ainsi que le grand wiale qui conduit au bassin de Neptune sont tout illuminés au moyen de petits verres. Près de la

Cette princesse qui, de peur de se laisser oublier, s’empressait de se mêler de tout, ne manqua pas, lorsque Puccini lui apprit la découverte du précieux fragment inédit, d'exprimer le désir qu'on lui en dédiät la traduction. Elle en fit part au Préfet.

Le baron Fauchet est à Florence Le rouage essentiel de la machine administrative. A lui incombe la tâche délicate de représenter le ministre de l'Intérieur, dont 1l reçoit l'impulsion, de satisfaire la « Princesse », qui veut régner mais ne gouverne pas, d'écarter les mécontents, d'étouffer les plaintes, de faire paraître en tous lieux l'abondance et la joie et de régler par de sages ordonnances jusqu’à l’enthousiasme populaire’. Il s’acquitte à merveille de cette besogne immense, et, jusqu’à la chute de PEmpire, il voit tout, sait tout, dirige tout d’une main ferme et cependant légère.

Informé tout de suile de la découverte du supplément de Longus et des désirs de la princesse, il se mit en rapport avec Renouard et Courier. Il venait précisément de recevoir la visite du libraire parisien qui ne voyageait pas sans aller offrir ses respects aux autorités. En le conviant

statue de l’Abondance, est érigé un Temple de l’Immortalité avec le Génie de la Guerre écrivant le nom du plus grand des Héros du siècle.

Le soir, après l'exécution d’une cantate, on vit s'élever un ballon en forme d’aigle impérial qui lançait des feux d'artifice; puis commença un bal populaire dans les jardins Boboli. Tous ces détails sont tirés de la correspondance du préfet de Florence avec la Princesse Elisa. Archivio di Stato. Prefettura del Arno.

1 Par exemple, à l’occasion des victoires de Napoléon. Les volumineux dossiers de la Préfecture de l’Arno contiennent de curieux renseignements au sujet de l’administration française en Toscane. La princesse Elisa, stimulant le zèle du Préfet, l'invite à faire publier dans toutes les Communes, au besoin en y envoyant des exprès, les Bulletins des victoires de l'Empereur.

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