‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 177 sur 264 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

à dîner avec Paul-Louis, le Préfet parut seulement lui rendre sa politesse. Comment Courier, si indépendant à l'égard des personnages officiels, se décida-t-il à accepter l'invitation? Mais qu'il fût venu de son plein gré ou entrainé par Renouard, il n’en fut pas moins l'hôte du palais Riccardi.

A table, devant de nombreux convives, il fut question naturellement du roman de Daphnis et Chloé; le Préfet félicita Courier de sa découverte et de l'édition qu’il méditait déjà de confier à Renouard; puis il ajouta ces paroles, qui prenaient de l'importance dans cette bouche circonspecte : « Il faut dédier cela à la Princesse ; elle acceptera votre dédicace »°. Le baron Fauchet venait des’acquitter, et devant témoins, de la commission délicate qui lui avait été confiée.

Mais Courier ne comprit pas, ou feignit de ne pas comprendre, qu'émanant du chef de l'administration impériale cette invitation équivalait à un ordre. S'il eût été courtisan ou simplement docile, disons mieux, s’il eût été capable d’observer les égards les plus élémentaires envers la dynastie napoléonienne, il se serait rendu le dimanche suivant, après la messe”, à la réception de l’auguste Elisa, qu'il aurait remerciée d’une telle faveur, puis, grâce à quelques lignes de dédicace, l'affaire de la Tache d’encre soigneusement étouffée dès sa naissance ne serait connue que des rares érudits ayant jeté les yeux sur le manuscrit de Longus.

1 C’est dans ce merveilleux palais qu'était installée la Préfecture de l’Arno.

2 Avertissement sur la Lettre à M. Renouard.

3 Désireuse de recevoir les hommages des fonctionnaires impériaux, elle fit savoir au Préfet que chaque Dimanche, après la messe, elle donnerait audience aux conseillers de préfecture, au secrétaire général et à ceux des maires qui se trouveraient de passage à Florence.

Mais Courier, on le sait, était mauvais courtisan. Îl répondit donc à l’injonction du Préfet : « Cela ne se peut, à une femme! il y a dans ce livre des choses trop libres ». Comme si les mœurs du temps et le manque de scrupules de la famille Bonaparte n'autorisaient pas suffisamment le caprice de la Princesse Bacciocchi! Renouard, au contraire, apprécia tout de suite l'importance et les avantages d’une protection officielle pour l'édition qu'il allait publier. Il voulut donc faire revenir l’imprudent sur son refus, en observant que ces indécences « se réduisent à quelques lignes qu’on pourrait adoucir de manière à rendre l’ouvrage présentable ». Il parlait en homme de bon sens; mais rien n'y fit : Courier, peu disposé à céder, ne souffla motel il ne fut plus question de cette affaire.

Pourtant, l'invitation était si flatteuse que Fauchet et ses convives ne purent croire Paul-Louis assez maladroit ou assez téméraire pour oser la décliner absolument. On pensa qu’il ne manquerait pas de se raviser et il ne fut point désigné dès lors aux persécutions.

Le lendemain de ce diner ‘chez le Préfet, comme rien ne retenait Renouard à Florence, il partit pour Livourne où l’appelaient ses affaires, après avoir pris quelques mesures pour faciliter le travail de Courier ; c’est ainsi qu'il écrivit à Paris afin de lui faire envoyer les éditions de Schaefer et de Villoison dont il aurait besoin pour la révision projetée du texte entier de Longus.

De retour, le 12 novembre, à Florence où il ne pourra plus passer que quelques heures, il court à la Laurentienne; bien que ce soit un dimanche, il est assuré d’y rencontrer son ami, puisque del Furia a permis à celui-ci d’y travailler lous les jours, pendant les vacances de la bibliothèque. |

! Ce diner, antérieur à l'événement du 10 novembre, eut lieu probablement le 7 ou le 8 novembre.

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