SUITE DE L’AFFAIRE DE LA TACHE D'ENCRE
Un réquisitoire de del Furia contre Paul-Louis Courier. — La Lettera della scoperta e subitanea perdita..… — La plainte de Renouard au Directeur général de la Librairie. — Sa Notice sur Daphnis et Chloé. — L'action administrative intentée à Courier. — Courier recherché par le Ministre de la Guerre. — Sa réponse à Gassendi.
Courier avait quitté Florence fort à point : ou plutôt il en était parti juste au moment où, désigné à la vindicte publique, il ne pouvait plus ÿ séjourner sans désagrément. En effet dei Furia, dont la douleur était aussi vive qu'aux premiers jours, éprouva le besoin de conter au public la catastrophe de la Laurentienne. Il fit donc paraître sa fameuse Lettera della Scoperta'. Cet opuscule était adressé à l'un de ses amis Domenico Valeriani, Directeur des étu-
1 Lettera della scoperta e subitanea perdita di una parte inedita del primo Libro de’ Pastorali di Longo, fatta in un codice dell Abbazia Fiorentina, ora esistente nella Publica Imp. Biblioteca Mediceo-Laurenziana. Cette lettre fut publiée dans la Collezone d’Opuscoli scientifici e letterarii, à la date du 5 février 1810. Elle était précédée, en exergue, de cette citation de Virgile :
.… Quæsivit lucem, ingemuit que reperta.
des au Lycée di Vimercate à Milan et professeur d’Eloquence et Philosophie dans cet établissement’.
Extraordinaire en fut le retentissement à travers l'Italie lettrée. Pour la première fois, on y trouve rétablis les faits si étrangement altérés dans l’article du Corriere Milanese du 23 janvier. On y désigne le véritable auteur du dégât et il n’est plus question de cette fable ridicule d’une encre indélébile. Del Furia se rend coupable, il est vrai, d’une assertion fausse en s’attribuant une part dans la découverte de Paul-Louis. Mais abstraction faite de ce mensonge, qu'il faut bien pardonner à l’amour propre d’un érudit malheureux?, une étude approfondie de la question nous montre le récit de la Lettera comme très rapproché de la vérité.
Le plus grand tort de del Furia, c'est évidemment d’exagérer l’importance du dégât : la tache, eût-elle couvert toute la page, pouvait être enlevée par des procédés très connus, ainsi que le fit observer le Ministre de l'Intérieur lui-même, M. Montalivet, et il a fallu l'étonnante impérilie du chimiste Gazzeri pour aboutir à un aussi piteux résultat. Si d'un pâté noir on à fait une hideuse tache de rouille, cela prouve seulement « que les professeurs de Florence ne sont pas plus habiles en chimie qu’en littérature ».
En outre, la destruction même volontaire et complète de la page inédite ne saurait après tout être assimilée à une catastrophe publique, car le texte ayant été copié avec soin par Courier, aidé et contrôlé par les deux bibliothécaires*, il était toujours possible de rétablir le passage devenu illisible.
! Cette importante lettre peut être regardée comme une réponse à un billet de Valeriani qui demandait à del Furia des explications sur la Tache d'encre. Voir à l’appendice.
N avait-il pas travaillé six ans sur le manuscrit sans découvrir son véritable intérêt?
* Del Furia et son adjoint Bencini.