‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 181 sur 264 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

- Et cependant c'est sur le mode tragique que l'accident nous est raconté. Nous n'’insisterons pas sur Le pathétique avec lequel del Furia décrit le saisissement «qui glaça son sang dans ses veines et arrêla sa voix dans son gosier » ; nous ue dirons rien des rêves où la nuit « cette image cruelle s’offrait à ses yeux ». Mais ne doit-il pas nous paraitre ridicule d'écrire cette phrase, à propos de Courier qui refuse sa copie : « Il ferma ses oreilles aux conseils de « ses amis, aux lamentations d’une Ville entière, en un « mot aux doléances de toute la République des Lettres, « quisne cessera jamais de gémir sur cette immense « perte ».

Cette emphase de mauvais goût trahit l'extrême dépit d'un homme qui, selon l’expression d’Akerblad, a vu « un Welche venir pondre dans son nid ». Certes del Furia fut trop malmené par Courier pour qu’il nous plaise de l’attaquer à notre tour. Mais il est grave pour un helléniste qui décrivit à loisir le manuscrit de Longus de n’avoir pas constaté l'existence du précieux supplément. Sur ce point, la déposition d'un savant aussi correct et aussi modéré de caractère que Boissonnade" est écrasante pour l'éditeur des Fables d'Esope.

Or, se mettre dans le cas d’éprouver du dépit est chose regrettable : le montrer au public et à son adversaire est plus fâcheux encore, car on donne prise aux coups et l’on n’a pas les rieurs de son côté. Courier qui, dans sa Lettre à Renouard, défendait une mauvaise cause, a pourtant obtenu le succès en faisant rire aux dépens de son adversaire. Peut-être n’a-t-il convaincu personne de son inno-

1 « En vérité, je ne reviens pas de ma surprise que M. del Furia, qui à eu si longtemps le ms. entre les mains pour son Esope, n'ait pas songé à jeter les yeux sur Longus ». Lettre du 9 avril 1810. Boissonnade appelle pourtant le préfet de la Laurentienne « le savant M. de Furia ». Journal de l'Empire, 24 septembre 1810.

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cence : mais del Furia s'est vu à tout jamais perdu de réputation, sauf à Florence, où il a trouvé des défenseurs pour des raisons de clocher. Partout ailleurs, le jugement du pamphlétaire est devenu sans appel, même aux yeux de ceux qui ont pensé qu'il dépassait la mesure. Si Courier conserve une réputation suspecte, del Furia passe pour un « rat de bibliothèque » rageur et borné, pour un de ces rats entrevus par le fabuliste

Qui les livres rongeants Se font savants jusques aux dents.

Peut-être le laborieux Académicien méritait-il mieux. On sait qu’il possède, en dépit de Courier, quelques titres honorables au nom d’helléniste, grâce à sa publication des Fables d'Esope. Il était en outre versé dans la langue arabe. En ce qui concerne Longus, on pourrait peut-être admettre que cet austère érudit ne s'intéressant guère à une œuvre aussi légère que Daphnis et Chloé n’a point été tenté de déchiffrer, à grand renfort de besicles, le texte si peu lisible du manuscrit {minutissimo charactere exaratus). Cette indifférence pour un roman érotique devait lui causer plus tard d’amers regrets.

La Lettera della Scoperta a, dans l'affaire de la tache

! La vie de del Furia à été retracée par F. L. Polidori, dans un article nécrologique inséré au Tome IV de l'Archivio Storico Italiano (Firenze, 1856). Il raconte longuement l'affaire de la tache d'encre, et s'attache à montrer la complaisance et la bonne foi de l’honnête bibliothécaire indignement trahies par Courier, dont il ne nie point le talent comme pamphlétaire. Il appelle del Furia « un letterato dell’ antico stampo'». L'Eloge de del Furia fut également prononcé à Florence le 25 mai 1857 par le professeur Giuseppe Bardell. Elogio del Cavaliere prof. Francesco del Furia, letto li 25 Maggio 1857 nella solenne adunanza della societa Columbaria. Ce morceau oratoire dans lequel Furia est appelé « profundo grecista » n’ajoute rien à la notice de Polidori.

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