‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 182 sur 264 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

d'encre, une importance capitale. Selon l'expression de M. Omont !, elle constitue « l'acte d'accusation ». Pour mieux avertir le public et l'autorité, del Furia ne se contente pas de décrire les taches. 11 les fait voir en donnant un fac-similé du folio 23 verso du maouscrit?. Nous disons les taches; en effet il y en à plusieurs. La principale a bien l'air d’avoir été communiquée au manuscrit, ainsi que celles que j'appellerai ses satellites, par la malencontreuse feuille inlerposée; mais dans le haut, à gauche, se trouve un autre pâté fort gros, qui, selon del Furia, semble avoir été fait directement au moyen d’une plume qu'on aurait secouée sur la page de manière à y laisser tomber une goutte d’encre énorme. Enfin, l’auteur de la Lettera a remarqué également sur ce malheureux folio de petites incisions (piccoli scarificazioni) qui ont détruit en divers endroits les antiques caractères.

Cel opuscule parut au moment même où Renouard, exaspéré par la perfidie des attaques du Corriere, cherchait à faire désavouer le journaliste milanais par del Furia. Il se disposait à invoquer, comme on l’a vu, l'autorité du Préfet de l’Arno, en mettant à profit les bonnes relations que Courier et lui-même avaient eues avec le baron Fauchet.

Mais Paul-Louis s’était refusé à cette démarche et la Lettre de del Furia la rendait désormais inutile. Toutefois Renouard ne fut ni consolé ni apaisé; il était de ces hommes intègres dont le travers consiste à ne pouvoir supporter la plus légère critique ; aussi le factum du bibliothécaire florentin, bien que le déchargeant du principal de l'accusation, eut encore à ses yeux le défaut de lui cher-

1 Paul-Louis Courier et la tache d'encre du manuscrit de Longus de Florence par H. Omont, dans la Revue critique du 16 no-

vembre 1885. We 2 C’est en tête de la Lettera que se trouve le fac-similé de la

tache d’encre.

cher et de lui « trouver des torts », puisqu'on l’y blämait d’avoir détaché du manuscrit la feuille souillée d’encre, qui y était restée collée. Il se buta donc plus que jamais à l'idée d'obtenir une rétractation formelle et un solennel désaveu de la note insérée au Corriere.

Or, pour que Renouard fût définilivement mis hors de cause, il fallait que Courier fût dénoncé aux autorités comme coupable. Cette considération n'arrêta pas le libraire parisien. Aussi bien n’avait-il plus à ménager un homme qui, après s'être dit son ami, l'avait traité avec le manque d’égards que l’on sait. Le 11 mai 1810, outré des mauvais procédés de Paul-Louis il exposait l'affaire au comte Portalis, Directeur général de la Librairie, dans le placet suivant, dont nous avons retrouvé l'original à la Bibliothèque nationale! :

Bibl. Nat. Nouv. acq. franc. 6658. Lettre de Renouard?.

Monsieur le Conseiller d'État,

Directeur général de la Librairie.

Dans un voyage que j'ai fait l'année dernière en Italie, j'aieule plaisir de découvrir à Florence, avec un de mes amis, Parisien et habile helléniste, qu’un ms. grec conservé dans la Bibliothèque de Médicis (La Laurentiana), contenait le Ronan de Longus en entier, et qu’ainsi on pourrait rétablir la lacune qui existe dans le premier livre de cet ouvrage. Transportés de joie de cette jolie découverte, nous primes aussitôt la résolution de publier ce frag-

! Ce document esi si peu connu que nous n’hésitons pas à l'insérer dans cette étude, bien qu'il ait été publié dans l’Intermédiairé des chercheurs, 30 septembre 1893,t. XXVIII.

? L'article du Corriere Milanese, qui accompagne cette lettre, est copié de la main de Renouard,

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