‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 183 sur 264 · CHAPITRE. XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE. XV

ment; mon ami se chargea d’en faire la copie, avec l'agrément des Bibliothécaires, et bien entendu sans déplacement du manuscrit dont il ne devait ni ne voulait faire aucun usage que dans la Bibliothèque, et sous l'inspection non interrompue des gardiens. Mes affaires m'appelant à Livourne je quitte Florence pour quelques jours; à mon retour je vais à la Laurentiane, jy trouve mon ami, et les Bibliothécaires.

On me dit que la copie est faite, mais qu'il est arrivé un accident bien désagréable, M. Courier m'apprend que dans le cours de son travail, voulant l'interrompre pendant quelques moments pour converser avec le Bibliothécaire, il avait pris sur le bureau un papier indifférent pour marquer l'endroit où il avait à revenir, que vingt minutes après, à l’ouverture du livre il avait vu avec douleur que le papier, taché d’encre à l’envers, était resté collé au manuscrit. On me montre le volume, avec la permission du Bibliothécaire, et en sa présence, je réussis avec quelques soins à détacher ce feuillet étranger, et j'y réussis sans endommager en rien le ms., sans rien attaquer de l’épiderme de ce papier vieux et dégradé par les années. Nous voyons une tache grande comme un écu de six francs, el quelques peliles taches à côté. Sur-le-champ on vérifie la copie maouscrite faite par M. Courier, et on a la satisfaction de reconnaître qu'aucun des mots couverts d'encre ne présente dans la copie aucun doule, aucune incertitude; c’est donc un malheur arrivé au volume, une tache désagréable, mais non pas une perte irréparable, une sorte de calamité littéraire. Je reviens à Paris, et j'y attends cette copie grecque, que soit dit en passant j'y attends encore. À la fin de janvier, un ami m'envoie de Milan un journal où cet événement tout simple, et auquel je n'ai aucune part, est travesti en un acte de vandalisme, un trait d’avidité de la part du libraire français, et enfin la note est mensongère d’un bout à l’autre. On dit que j'ai fait la copie, on l’a faite

tandis que je n'étais pas à Florence, qu’en rendant le ms. j'avais donné pour excuse que mon encrier s'était renversé. Je n'ai pas eu à rendre ce livre qui n'a été confié ni à moi ni à mon ami, et le détail que j'ai fait de l'accident montre la fausseté du récit mis au journal. On ajoute que cette tache est faite avec une encre indélébile qui ne se trouve ni à la Bibliothèque, ni dans aucune boutique de Florence, et que toute la partie inédite est couverte d'encre, tandis que la tache que j'ai vue n’est que de la grandeur d’un écu de six francs. Cette accumulation de faussetés n'a pu avoir pour cause que le désir de nous punir de l'espèce de bonne fortune littéraire qui nous a fait découvrir en un moment ce que nombre de savants, beaucoup plus doctes que nous deux, n'avaient pas aperçu depuis plusieurs siècles; mais comme le récit du journal traveslit en une action basse et méchante ce qui n’est qu’un accident, qu’il attribue cette action à moi qui suis tout à fait étranger même à l'accident arrivé, je demande que vous ayez la bonté d'adresser à M. le Préfet de l’Arno une note par laquelle vous voudrez bien l’inviler à faire constater par les Bibliothécaires que la note insérée au journal est fausse en ce que le libraire français qui y est désigné n’a rien copié du ms., qu'il était absent de Florence quand la tache a été faile, et enfin que cette tache faite par une autre personne, qu'on nommera si l’on veut, a eu lieu dans la Bibliothèque, sous les yeux de MM. les Bibliothécaires, et par l’effel d’un papier mis par mégarde dans le manuscrit.

Je joins la copie de la note italienne qui fait l'objet de ma réclamation, elle est du Corriere Milanese, 23 janvier 1810. |

Recevez, je vous prie, mes excuses de cette importunité, mais vous ne sauriez croire quelle désagréable sensation a faile en [talie cette note calomnieuse, et incapable d’une mauvaise action, je dois employer tous les moyens pour ne

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