‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 184 sur 264 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

pas rester chargé d’une inculpatlion dont il est si facile de démontrer l'entière fausseté.

Je suis avec respect Votre très humble serviteur

ANT. AuG. RENoUARD.

Paris, le 11 mai 1810.

Malgré le vif mécontentement qu'il éprouve, Renouard évite de charger Courier : il atténue le dommage causé par son compagnon de voyage, et insiste sur ce fait qu'il s’agit d'un pur « accident ». Mais, d'autre part, il réclame une sorte d’attestation officielle de son innocence ; il veut être mis hors de cause; or, on peut observer qu’il ne lui coûtait rien de garder le silence, alors que l’article du Corriere était oublié et corrigé par la Lettera della Scoperta. Il y a donclieu de regretter qu’une susceptibililé exagérée ait poussé l’honnèête libraire à une démarche au moins inutile; assurément, il n’en prévit pas toutes les conséquences, qui devaient être bien fâcheuses pour Paul-Louis. En effet, cette plainte adressée à l'autorité compétente allait donner prétexte à une enquête qui était réclamée avec passion par les Puccini et Les del Furia, et que justifiait d’ailleurs la publication à Florence, en février et mars, de la traduction de Longus. La « Princesse » ellemême avait dénoncé Courier’. Venue à Paris pour assister au mariage de l'Empereur avec l’archiduchesse Marie- Louise, cette « grande Dame » avait profité de son voyage

1, Courier était à Florence, et fut plus tard à Naples, un des familiers de la fameuse comtesse d’Albany, veuve du prétendant au trône d'Angleterre Ch. Edouard Stuart; il partageait le mépris de ce petit cénacle aristocratique pour les parvenus de la dynastie impériale. Il est donc naturel que la princesse Elisa lait traité en

ennemi.

pour signaler le larcin d’un morceau de grec qui aurait été vendu aux Anglais!.

Toutefois on n'avait pas cru pouvoir agir, l’auteur du délit ne semblant pas suffisamment désigné. Mais, après la Lettre de Renouard, on envoya de Paris des instructions au préfet de l’Arno?, afin qu’une enquête administrative füt ouverte.

Au moment où elle allait commencer, Renouard en pu-” bliant sa Notice de seize pages sur Daphnis et Chloé, vint éclairer l'affaire d’un jour nouveau et verser au procès de nouveaux documents. S’adressant cette fois au public, c'est-à-dire aux quelques personnes susceptibles de s’intéresser à cette polémique, ce qu’il appelle spirituellement l'univers de Tristram-Shandy, il racontait l'accident, et insistait sur sa propre innocence, en repoussant toute accusation d’avidité mercantile. «Quant au littérateur, écrivait- «il en forme de conclusion, il aura cru avoir le droit de « retenir ce qu'il avait trouvé, ou au moins de ne Le publier « qué quand bon lui semblerait. Il n’aura pas aperçu € qu'avant la tache il avait bien ce droit, mais que la ta- « che une fois faite, son devoir était de rendre aussitôt « une copie manuscrite ; ou s’il ne la voulait rendre qu’im- « primée, de la donner avec une promptitude telle qu’on « eût à peine eu le temps de s’affliger de la dégradation ».

Ces derniers mots, en indiquant ce qu’on devait exiger de l’indélicat « littérateur » traçaient son devoir au Direc-

1 Voir notamment l'Avertissement sur la lettre à M. Renouard.

? Nous avons dépouillé à Florence, aux Archives d’Etat, toute la correspondance du préfet de l’Arno avec le Ministre de l’Intérieur et avec le Directeur de la Librairie, sans pouvoir trouver trace de la note qui contenait ces instructions.

* Notice sur une nouvelle Edition de la traduction française de

Longus par Amyot, etsur la découverte d'un fragment grec de cet ouvrage. Paris, 8 juillet 1810.

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