‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 187 sur 264 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

et ruisseaux, et cependant Courier attendait avec inquiétude les événements dans sa retraite de Tivoli, où il était encore. Il y reçut la convocation du Préfet de Roue quil'invitait à se présenter devant lui. De fort méchante humeur ils’y rendit et donna des explications sur sa conduite ; afin qu'elles fussent mieux spécifiées, il laissa entre Les mains de M. de Tournon un écrit en forme de lettre, daté du 18 septembre. Cette lettre, qui est publiée daus sa correspondance, commence par ces mots : Monsieur, voici ma réponse aux demandes de M. le Directeur de la librairie.

Courier se défend avec beaucoup de dignité, il repousse le reproche que lui adressaient « quelques gens, assez méprisables d’ailleurs », de vouloir spéculer sur un morceau de grec; et, pour conclusion, il abandonne volontiers les vingt exemplaires qui lui restaient de son édition grecque, qu'on peut saisir, dit-il, comme on a fait de sa traduction à Florence.

Mais ces explications, données au Préfet, ne lui semblent pas suffisantes. Il veut se justifier devant le public, se laver du crime dont on l’accuse depuis dix mois, et confondre enfin ses détracteurs. Il annonce donc à M. de Tournon, par une seconde lettre’, qu'il va publier un « mémoire très succinct, où Son Excellence trouvera les renseignements qu’elle désire ». Malgré le Préfet, qui lui interdit de rien publier sur laffaire et lui annonce qu’il s’exposerait beaucoup, ainsi que l’imprimeur, Paul-Louis décide de faire paraître le factum qu'il vient de composer, en forme de Lettre à M. Renouard. La notice du libraire parisien, qui est du 5 juillet, est restée sans réponse. Dirigée surtout contre del Furia, elle attaque accessoirement Courier, établit ses responsabilités, montre son sans-gêne et sa mauvaise foi à l’égard du bibliothécaire de Florence.

: Courier donne le texte de cette lettre dans l'Avertissement qui précède la fameuse Lettre à M. Renouard.

Le moment est venu pour lui de se disculper à son tour. Mais comment trouver un imprimeur ? Un récent décret interdit de rien publier sans autorisation préalable'. Paul- Louis se souvient heureusement de Lino Contadini, qui d'ordinaire n’imprime que des Almanachs et qui doit être peu en règle avec la nouvelle censure. Il à recours à une supercherie pour tromper le pauvre diable qui croit travailler pour le compte du Préfet de police. Grâce à ce mensonge, l'impression est achevée avant l’arrivée des sbires et Courier peut faire lire sa propre apologie au monde savant et au Préfet lui-même.

Malgré le tour que Courier venait de lui jouer, malgré les responsabilités qu’il attirait sur sa tête, M. de Tournon ne lui en voulut point. Sans doute il n’adressa pas au Ministre la brochure malencontreuse, mais sa réponse au comle Portalis témoigne d’une singulière bienveillance pour le pamphlétaire imprudent qui avait failli le compromettre aux yeux d'un gouvernement fort?. Non seulement il le défend auprès du Directeur de la Librairie, mais sa lettre, qui semble inspirée par l’inculpé lui-même, est composée tout entière au moyen de deux documents dont elle reproduit le sens et les expressions; à savoir la note de Courier, en date du 18 septembre, par laquelle il donnait l'explication de sa conduite, et la brochure imprimée par

‘ Ce décret sur la librairie et l'imprimerie est du 5 février 1810; il parut au Moniteur, le 7. Mais il ne fut publié à Rome « que dans le mois de mai ». Tout imprimeur voulant éditer un ouvrage devait remettre à la Préfecture une déclaration écrite indiquant le titre du livre, le nombre des exemplaires qu’il se proposait de tirer, le format, et jusqu'au nombre de feuilles d’impres- Sion.

? Courier prétend que le Préfet de Rome recut, « une verte semonce de ses maîtres » pour avoir laissé paraître la plainte d’an homme maltraité, lui qui était gagé pour empêcher la vérité d’éclater. Nous n'avons pu contrôler cette assertion.

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