‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 190 sur 264 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

sérieuse pour Courier, qu’il ne soupçounait pas un instant de malhonnèleté et de vandalisme. Cette attitude équivalait en quelque sorte à un certificat d'innocence pour l'accusé. D'un autre côté, ces éloges sans réserves décernés à la science de l’helléniste, à ses « profondes connaissances », par des hommes aussi considérables que Millin, par des érudits aussi discrets et d'un tact aussi sûr que M. Boissonnade, en un mot ces interventions des savants officiels, qui semblaient le reconnaître pour un des leurs, étaient bien de nature à dissiper Les préventions de l'autorité contre celui que les Italiens avaient représenté comme un « voleur de grec ».

Cette sorte de protection accordée à Courier par quelques-uns des érudits les plus éminents de l’époque, les Millin, les Clavier, les Boissonnade, les Chardon de la Rochetle*, ne demeura point sans effet. Avant qu’elle se fût manifestée dans les Journaux et les Revues, des ordres formels avaient été expédiés à Rome pour saisir le grec*. M. de Tournon qui partageait la bienveillance de ces hommes de lettres pour le traducteur de Longus, pensa que le Directeur de la Librairie n’insisterait pas après Les explications favorables à Courier qu'il lui fournissait dans ses deux lettres du 16 septembre et du 6 octobre‘. « Le vizir de la librairie a donné un ordre desaisir tout mon grec, mais cet ordre n’a pas été exécuté®. Je ne sais bonnement pour-

quoi ».

1 Il est bon de se rappeler ici que Millin était un des amis du Préfet de Rome, M. de Tournon, auquel il devait faire partager son estime pour Courier.

? Seul parmi ce groupe M. Silvestre de Sacy blâma l’auteur de la lettre à Renouard.

3 Lettre de Boissonnade, 5 octobre,

# Voir ces lettres dans le dossier Leber. Revue critique du 16 novembre 1885.

$ Courier averti à temps par Boissonnade avait pu prendre con-

Ainsi Paul-Louis ne sait à qui attribuer la mesure de clémence, ou de justice, dont il bénéficia. S'il eût été moins ennemi des personnages officiels et des hommes en place, il fût allé « bonnement » remercier M. de Tournon, qui s’était fait auprès du ministre l'interprète des Boissonnade et des Millin dont il était l'admirateur et l’ami.

Il n’était donc plus question, vers la fin d'octobre 1810, de sévir contre Courier et de le punir d’un délit commis à Florence. Mais l’ordre public et les plaintes émanant des lettrés florentins exigeaient que l’on assurât la conservation du passage oblitéré. L'affaire traîne encore quelques semaines et enfin le ministre de l'Intérieur décide le 8 décembre, sur un rapport de Portalis, que Courier remettra au préfet de Rome :

1° La première copie‘ qu'il a faite du passage jusqu’à lui inédit de Daphnis et Chloé;

2° Un exemplaire de l'édition complète qu’il vient de publier du même ouvrage, renfermant ce passage.

Ces ordres communiqués par M. de Tournon à Courier, celui-ci qui s’estimait heureux de s’en tirer à si bon compte, ne fit aucune difficulté pour remettre ce qu’on exigeait de lui; et le 23 janvier 1811 le Préfet de Rome pouvait informer le Directeur de la Librairie qu'il était obéi et que les pièces rendues par Courier avaient été transmises au Préfet de l’Arno.

L'affaire de la tache d’encre at en effet : avoir son épilogue à Florence. Le Préfet de cette dernière ville avait, de son côlé, reçu des instructions au sujet de la remise de

tre celte saisie quelques précautions. Il donna un exemplaire à M°° de Humboldt qui pe en Allemagne où il devait être réimprimé.

! Nous donnons le texte même des instructions du ministre de

l'Intérieur, que nous avons retrouvé à Florence (Prefettura del Arno, n° 193).

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