‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 194 sur 264 · CHAPITRE XV. al · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. al

voulait Renouard ; mais, après l'avoir promise, il la refusa, justifiant par là tous les soupçons, et méritant les reproches de ses amis aussi bien que les attaques de del Furia.

Faute de s'exécuter de bonne grâce, il dut enfin céder aux injonctions de l'autorité, après avoir craint quelque temps pour sa sécurité personnelle.

Certes on ne peut le plaindre des soucis qu’il éprouva, des angoisses qu’il traversa, puisqu'il avait deux fois mérité les persécutions, d’abord par son délit très réel, et malheureusement volontaire, ensuite par son refus obstiné de rendre une copie.

Nous venons d'exposer, aussi clairement que possible, l’histoire de la découverte, et de la publication du fragment de Longus. Nous avons décrit l'accident arrivé au manuscrit du fait de Courier, montré sa mauvaise volonté, son peu d'empressement à réparer ses torts dans la mesure où il le pouvait faire; puis nous l’avons vu aux abois, lorsque l’Administralion, informée de ces événements, se décide à intervenir. Enfin tout se termine, pour ainsi dire, à l'amiable; les sanctions annoncées par Portalis se réduisent à exiger la copie originale du fragment et un exemplaire du texte publié à Rome.

Courier ne pouvait s’en tirer à meilleur compte. Mais d'autres incidents étaient venus se greffer sur les premiers et, pendant un moment, il avait éprouvé de terribles craintes.

11 faut se rappeler l'étrange situation où il se trouvait, au point de vue militaire, depuis son départ furtif de Vienne. Au moment même où Courier disparaissait, on le faisait « passer avec son grade dans le 2° régiment d’artillerie à cheval » en stipulant toutefois qu'il continuerait à servir à son poste actuel jusqu’à nouvel ordre’. Cette

1 Dépôt de la guerre. Arch. administ. États de service de Courier.

décision du 6 juillet étaitcommuniquée le 15 par le ministre au colonel du 2° régiment’. Mais l'on n’avait plus de nouvelles de l'officier et cette note était inscrite à son dossier : on ne sait ce qu'il est devenu depuis la fin de 1809.

Bientôt cependant, l’attention du général Gassendi était attirée par le bruit fait autour du nom de Courier. Il apprit que son déserteur de Wagram était le héros d’une aventure singulière qui le mettait en conflit avec les lettrés florentins. En conséquence, il écrivit à Sorbier, qui commandait l'artillerie de l’armée d'Italie, de s’assurer qu'il s'agissait bien de l’ancien chef d’escadron?, et de le faire arrêter sans délai. Sorbier se trouvait précisément à Vérone, occupé à passer l'inspection du 4° à cheval, lorsqu'il reçut cet ordre. « Gassendi, dans une note écrile de sa main en marge de la lettre, annonçait que le jour où Courier avait quitté la Grande-Armée était la veille de la bataille de Wagram* ». C'était faire ressortir davantage le crime de désertion en présence de l'ennemi.

Le vieux soldat qu'était Sorbier « n'aimait pas Courier » et ce délit dut encore l’indisposer un peu plus contre celui qu'il jugeait un mauvais officier. « Cependant, nous « apprend Griois qui était à même d'être renseigné, il ne « voulut donner aucune suite à la chose ». Il lui était facile de retrouver la trace du déserteur sans le savoir ; il le fit prévenir de la mission qui lui était confiée, (par le colonel d'artillerie Vauxmoret), afin que Courier pût « aviser aux moyens de faire cesser les démarches dont il était l'objet ». Aussitôt averti, celui-ci crut sage d’écrire à Gassendi, du ton dégagé d’un homme qui se sent la conscience tranquille et qui n’a pas peur.

Il lui narra, à sa façon, toute son odyssée depuis le jour

Ps

! Le 2° d'artillerie à cheval tenait garnison à Valence. ? Courier. Ed. Sautelet, t. II, p. 49.

* Mémoires de Griois, t. I, p. 204.

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