‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 199 sur 264 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

C'était créer à la police et au Préfet un cruel embarras.

Et pourtant ces insinuations n'étaient que trop réelles : la France était subie et détestée comme le fut l'Autriche quelques années plus tard. Cette rancune du vaincu contre son vainqueur est finement démêlée par Courier qui se fait un malin plaisir de la dénoncer au monde officiel toujours optimiste. C'est encore une vengeance qu'il savoure.

. Enfin, il réserve quelques traits de satire à Renouard qui par sa Notice a répudié toute solidarité avec le malencontreux éditeur de Longus. Ce sont d’abord des railleries sur sa prudence excessive et son respect des puissances, sur sa crainte évidente d’être compromis dans cette affaire. On lui fait un grief de ménager tout le monde, jusqu’à del Furia ; en dernier lieu, l'on se moque de sa présomption. Pour avoir accompagné Courier dans une bibliotheque, Renouard n’imprimait-il pas : « Nous avons trouvé et vous allons donner un Longus complet »? Ainsi, le libraire parisien est représenté comme un ambitieux qui aurait voulu avoir tout à la fois le profit et l'honneur de cette publication, et, bien que le pamphlet soit dirigé surtout contre del Furia « l'ennemi commun », on voit que l’acolyte de Courier n’y est guère ménagé.

Tel est Le fond de la Lettre. Quant à la forme, on peut dire que Courier a trouvé le ton de la satire en prose, qu’on appelle pamphlet. Il s'agit d’écraser l'adversaire sous le ridicule qui tue. Paul-Louis n’y a pas manqué. « Dans certains cas, a dit Pascal, la moquerie est une action de justice »‘. Fort de cette affirmation de son maître, il s’en donne au cœur joie avec Furia.

La malice de ses adversaires, la disproportion évidente

trouvé cette formule d'adulation mensongère dans les documents officiels de l'Administration française en Italie! 1 49e Provinciale.

du délit et des sanclions réclamées!, la passion du bibliothécaire, le ton trop emphatique de son factum, tout cela autorise Courier à se venger par l'ironie, la seule arme qui s'offre à lui.

Il faut avouer qu'il a fait une satire excellente du style de del Feria, qualifié plaisamment de « prose poétique ». « Le fond de la Lettera, nous dit-il, est pris de la Pharsale «et des tragédies de Sénèque ». Mais la forme, « d’un pathétique rare, même en Îtalie », est propre à Furia, ou plutôt c'est du « Virgile amplifié à proportion du sujet; car ce « que le poète avait dit du massacre de tout un peuple a « paru trop faible pour un pâté d’encre ». Quand del Furia représente « toute une ville en pleurs, les citoyens consternés », Courier répond qu'il ignorait « que ce livre fût le Palladium de Florence ». Il aurait dû cependant se douter que les manuscrits sont sacrés pour les Florentins, « car ils n’y touchent jamais ». Trait exquis qui rappelle cet autre : sans la découverte du « fragment fatal » jamais on ne se serait douté que les savants florentins « sussent si peu leur métier, et l’ignorance de ces messieurs, ne paraissant que dans leurs ouvrages, n’eût élé connue de personne ».

Aïlleurs encore, il joue sur les mots avec esprit. Il concède à del Furia qu’il est demeuré stupide. « Cest la seule assertion qui soit prouvée parson livre ». « Moi, je souliens, « ajoute-t-il, que longtemps avant que d’avoir vu celle « affreuse tache, il était déjà stupide. Quant au délit lui- « même, il y a de plus grands crimes, mais il n’y en a « point de plus noirs ». On sait que ce trait, facile mais plaisant, a fait fortune.

Nous. goûtons moins la plaisanterie qui consiste à

! On sait que la bande à Puccini se flattait de faire incarcérer et juger Paul-Louis Courier.

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