‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 200 sur 264 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

écorcher le nom de Puccini pour lui faire signifier tantôt putois ou puant (puzzini), tantôt poussin (pulcini).

Mais où Courier passe les bornes, c’est lorsqu'il injurie son adversaire auquel il reproche d’être fils d’un cordon nier et de faire de mauvais livres faute d’avoir pu faire de bons souliers. IL est clair qu'ici il quitte le ton de la satire littéraire pour tomber dans l'invective, et nous l'en blàmons comme firent la plupart de ses lecteurs. Mais, s'il eut tort, ne put-il se croire autorisé par l'exemple de Boileau qui n’a pas craint d'écrire en ses salires :

Tandis que Colletet, crotté jusqu’à l’échine, S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine.

Despréaux voulait rappeler un poète famélique au respect de sa dignité d'homme de lettres : de même, Courier dans son zèle pour le grec enrage qu’on puisse être réduit à en vivre et à s'inlituler Aelléniste faute d’avoir su gagner autrement sa vie.

Mais que dire de cuistre, et de pédant enragé? ou comment qualifier cette gentillesse :

Le quadrupède écume et son œil étincelle ?

et celle autre : « c’était une canaille qu'il fallait laisser aboyer »? Tous ces traits parurent outrés aux amis de Courier; plusieurs lui donnèrent tort, et les Italiens en. particulier n'hésitèrent plus à se ranger du côté de leur compatriote outragé par un Français. Ainsi, son manque de mesure lui aliénait presque toutes les sympathies.

L'entreprise serait téméraire de vouloir chercher dans la Lettre à Renvuard quelque imitation directe el prolongée des Provinciales : mais on rencontre des analogies

de détail, qui n’ont rien de fortuit et s'expliquent même fort bien par la connaissance approfondie de Pascal, qui caractérise notre pamphlétaire.

Cette entrée en matière ex abrupto : « J'ai vu, Monsieur votre notice » est empruntée à la treizième Provinciale : « Je viens de voir votre dernier écrit ». Toutefois, la simplicité de ce début convient mieux à cette Provinciale, laquelle n’est en somme qu’une réplique aux accusations des Jésuites. Si l’on ne se rappelait que Courier imite, on trouverait ici quelque brusquerie qui choquerait à juste litre.

D'ailleurs l’imitalion, qui est discrète, consiste dans une certaine brièveté propre à Pascal, dans une tendance à vouloir définir les termes employés, et à les analyser, en précisant le sens. Ecoutons Courier :

«Je ne suis point non plus helléniste, ou je ne me con- « nais guère. Si j'entends bien ce mot, qui, je vous l’avoue, « m’estnouveau, vous dites un helléniste, comme on dit un « dentiste, etc. »..

Remontons maintenant à Pascal : « Ce mot {le mot de « pouvoir prochain) me fut nouveau et inconnu. Je char- « geai ma mémoire de ce terme »!,

Enfin, rapport plus frappant, l'ironie de Paul-Louis a recours aux mêmes procédés que celle de Pascal, C'est le même art cruel de pousser à des conséquences absurdes les affirmations de l'adversaire.

« La découverte que j'ai faite dans le manuscrit n’est « rien, au dire de ces messieurs; c'est la plus petite chose « qu'on pût jamais trouver; mais le mal que j'ai fait est « immense. Entendez bien ceci, monsieur : le fragment « tout entier n'est rien; mais quelques mots de ce frag- « ment, effacés par malheur, font une perte immense. ».,

1 Première Provinciale.

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