‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 205 sur 264 · DERNIÈRES PROMENADES, DERNIÈRES FLANERIES · texte numérisé non relu

DERNIÈRES PROMENADES, DERNIÈRES FLANERIES

Séjour de Courier à Albano. — Voyage de Naples avec le peintre Fabre et la Comtesse d’Albany. — Les Conversations chez la Comtesse d’Albany. — Etude sur la cinquième conversation. — Les idées personnelles de Courier : sa part d'originalité. — Critique des opinions de Fabre et de Courier sur la guerre : le mérite du général opposé à celui de l’artiste. — Imitation des dialogues platoniciens. — La forme, la mise en scène, le style.

A l'heure même où l'affaire de la tache d'encre lui causait le plus d’ennuis, Courier songeait, nous l’avons vu, à partir pour Corfou et les îles loniennes qui étaient occupées alors par les troupes françaises"; de là, il se proposait d'aller visiter Athènes, toute la Grèce, et de passer en Égypte et en Syrie ?. Ce voyage, projeté depuis longtemps, et devenu réalisable depuis la démission de l'officier, était pourtant différé de jour en jour. Bref il commençait à

1 Précédemment occupées par les Russes, comme alliés des Turcs, elles furent remises, en vertu du traité de Tilsitt, au général César Berthier par le général Nazimoff. Il existe, au dépôt de la guerre, un important dossier relatif à cette occupation.

2? On se rappelle que Courier avait, vers 4805, formé le projet d'écrire une histoire de l’Expédition d'Égypte, il y pensait donc toujours.

rappeler l'expédition de Picrochole. Pourtant letraducteur de Longus et de Xénophon avait, disait-il, un « désir inné » de visiter la Grèce, dont, encore au début de 1811, il entretenait Clavier : « Je pourrais bien partir au printemps ».

Mais le printemps vintetil ne partit point; malgré ses déboires et la perte de presque tous ses anciens amis, il s'était créé une existence agréable partagée entre les leclures, les longues flâneries dans la campagne et le jeu de volant, toutes Les fois qu'il trouvait des partenaires. I alla donc s'installer à Albano lorsqu'arriva « la saison des violettes », comme il disait dans un langage pastoral, dontil était le,premier à rire.

Le choix de cette villégialure était dicté par le désir de varier les plaisirs : on sait le long séjour qu'il avait fait l’été précédent à Tivolit; il allait pouvoir opposer les monts Albains aux montagnes de la Sabine, etsuivre Cicéron à Tusculum après avoir erré avec Horace aux bords de la Digence.

Albano lui offrit une agréable résidence où, à défaut des solides amitiés d'autrefois, il sut trouver quelques relations amènes; mais surtoul ce fut la campagne qui l’en- chanta; dans les environs, il trouvait une nature merveilleuse : c’étaient le lac de Nemi, Genzano, Larricia, c'était enfin ce poétique cirque de forêls dont les gradins, tour à tour verdovants ou jaunis par l’automne, escaladent les pentes du Monte Cavo, et dont l'arène est figurée par la surface lisse du lac d’Albano. Le tour de cette cuvette volcanique, depuis Rocca di Papa jusqu’à Castel Gandolfo, constitue peut-être la plus belle promenade de l'Italie, dont quelques sites ont ététrop vantés.

Courier jouissait, mieux qu’un autre, des délices du climat el du pays : sans cesse il parcourait cette belle région,

! Il n’en était parti que le 18 septembre 1810, lorsqu'il fut mandé à Rome par le Préfet.

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