‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 207 sur 264 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

cati et à Rocca di Papa, qu'il rentra enfin tout à fait à Rome à la fin d’octobre.

À la fin de février 1812, il se rendit de nouveau à Naples, en compagnie de Millingen et de la comtesse d’Albany.

Millingen, avec lequel il s'était lié deux ans plus tôt, était un savant antiquaire anglais, auteur de travaux réputés sur la numismatique de l’ancienne Italie,

Quant à la comtesse d’Albany', Courier avait dûla connaître à Florence, à l’époque où son retentissant démêélé avec del Furia lui eréait une notoriété imprévue mais éclatante. Elle entreprit, en 1812, un voyage à Naples en compagnie du peintre français Fabre?, qui avait succédé dans son cœur au poète Alfieri. C’est à Rome probablement qu'ils rencontrèrent Courier, qui ne se fit point prier pour leur servir de guide. Malgré le mal qu'il disait de l’amitié depuis qu’il se voyait forcé de vivre sans amis, ou peu s’en faut, il fut charmé de fuir sa solitude et de trouver des compagnons instruits, lettrés et spirituels. La comtesse de son côté, ravie de s'attacher un helléniste doublé d’un cau-

1 On sait que la comtesse d’Albany, née à Mons en.1753 de la famille noble des Stolberg, épousa en 1772 Charles Stuart, dit Le Prétendant. Cette union fut malheureuse. La comtesse quitta le prince en 1780 et vint vivre à Florence. Lorsque la mort l’eut délivrée de son premier époux, en 1788, elle épousa secrètement l'illustre poète Alferi à qui elle avait su inspirer la plus vive passion. Après la mort d’Alfieri en 1803, elle se consacra à la publication des œuvres complètes de son époux, en 35 volumes In-40. Pise, 1805-1815.

2 Né à Montpellier en 1766, François-Xavier Fabre obtint le grand prix de peinture en 1787 et vécut surtout à Rome et à Florence oùilse lia avec la comtesse d’Albany. On croit qu'il Pépousa après la mort d’Alfieri; en tout cas, il vécut avec elle. Il avait. fait son portrait que nous avons vu au Musée des Uffizi à Florence, ainsi que celui d’Alfieri qui se trouve dans la même salle française. On sait que Fabre a légué plusieurs riches collections au Musée de sa ville natale, qui prit son nom après sa mort.

seur tantôt enjoué, tantôt mordant, toujours curieux à entendre, ne se fit pas faute de lui demander une relation écrite de leur voyage et des entretiens qui devaient l’égayer.

Courier prit desnoles après chaque conversation un peu suivie qu'il eut avec ses nouveaux amis ; il se proposait de les écrire toutes avec le soin qui caractérise ce qui sort de sa plume. Mais son indolence naturelle entrava ce projet, si bien qu'il ne rédigea complètement que deux conversalions : l’une d'elles, destinée à honorer une mémoire bien chère, avail trait à Alfieri; l’autre, intitulée dans le manuscrit Cinquième conversation, a été publiée, par les premiers éditeurs, parmi les Œuvres complètes, qui étaient devenues leur propriété en vertu d’un traité avecla famille de Courier'. Quant à la première, relative à Alferi, on ne la trouva point parmi les papiers du défunt, quoiqu’elle fût connue de quelques-uas de ses amis. Il faut déplorer celte perte, ainsi que celle du manuscrit qui contenait la relation du voyage à Naples?.

De tout ce que Courier rédigea au cours de cette villégiature de trois semaines, il ne subsiste donc que la Cénquième conversation. Ce fut sans doute la dernière, car elle eut lieu le 2 mars et nous savons que le 9 du même mois l’auteur était de retour à Frascati.

La conversation s'engage, dans la matinée, chez la comtesse d'Albany, à qui Fabre et Courier tiennent com-

! Mémoires, correspondance et opuscules inédits de Paul-Louis Courier, Paris, A. Sautelet et Cie, libraires-éditeurs, Alexandre Mesnier, libraire, 4898 ; 4 vol.

? Courier faisant allusion à son voyage à Naples, écrivait, en 1822, à la comtesse d'Albany : « Vous ne savez pas, Madame, « que j'écrivis alors une relation de ce voyage et de toutes nos « conversations. J'ai toutcela en manuscrit, et quelque jour j'au- « rai l’honneur de vous le faire voir, si Dieu permet que je re- « tourne dans ce beau pays où votre séjour est fixé. » Lettres inédites ; 12 novembre 18922.

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