‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 208 sur 264 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pagnie au salon en attendant le déjeuner. Au début de l'entretien, Fabre reste obstinément à une fenêtre d'où l’on jouit d'une vue étendue dans la direction de Piedigrotta et du Pausilippe. Car la maison est située sur la riviera di Chiaia; c'est un de ces beaux hôtels qui servalent habituellement de résidence à des étrangers de distinction. Celui-ci avait été oceupé par lady Hamilton, la maîtresse du grand Nelson. A droite donc, la vue s'étend vers la grotte; en face, on voit Capri'.

C’est Courier qui donne prétexte à la discussion, en déclarant que le siècle présent vaut bien celui de Louis XIV. Aussitôt Fabre de se récrier ; cependant, loin d’accepter la bataille il se dérobe et détourne la conversation, en faisant remarquer des troupes qui défilent sous leurs fenêtres, comme si elles se rendaient à quelque parade.

Ce n’est que peu à peu que Courier et la comtesse l’amèvent sur le terrain où ils voulaient le voir combattre. D'ailleurs, le dialogue est d’une structure assez complexe : la discussion n’est pas une; c’est-à-dire qu'elle ne tarde point à dévier. Pour qu’on puisse mieux embrasser d’un seul coup d'œil la suite des idées, nous en donnerons le plan qui peut, comme on le verra, se réduire à trois points:

1°Supériorité du siècle de Louis XIV sur l’époque actuelle, au point de vue des arts et des lettres — Fabre essaie de l'établir par raison démonstrative.

2° Courier entraîne la discussion sur un autre terrain afin de « dépayser un peu » Fabre. Si la lillérature et les arts restent l'apanage du xvu° siècle, le xIx° n’a-t-il

4 L'entretien prend fin quand un domestique vient annoncer qu'on a servi. « Après le dîner, dit Courier en terminant, la comtesse et Fabre montèrent en voiture, et je rentrai chez moi où j’écrivis ceci. » On voit par là qu’il ne peut être question que du diner de midi, qu’on appellerait aujourd’hui déjeuner et en Italie collazione.

pas la supériorité au point de vue des sciences, de la politique et de la guerre? Après avoir essayé de transiger, Fabre, poussé à bout, repart en guerre et veut cette fois la victoire complète. Il établira donc que le siècle de Louis XIV est à tous égards supérieur à celui de Napoléon.

a. Argument (assez faible) en faveur des sciences. Les savants d'autrefois ont ouvert la voie à ceux d'aujourd'hui.

6. Fabre se recueille an moment et puis entreprend de parler de la guerre.

Discussion préalable: peut-on juger les hommes de guerre sans être du métier? — Oui! prétend Fabre, de même qu'on juge du talent des acteurs sans avoir joué la comédie et du mérite d’un cuisinier sans avoir fait la cuisine.

— Fabre revient à son sujet et établit que sous Louis XIV on se battait mieux qu’à l’heure présente. C’est alors que se trouvaient les grands joueurs. La conclusion, c’est que les adversaires de Napoléon ne savent pas se battre; l’art de la défense est tombé dans l'oubli, on ne connaît plus qu'une des deux parties de la guerre, c’est-à-dire l’offensive.

c. Ici la question s’élargit et s'élève. Y a-t-il un art de Ja guerre? — S'il yen aun, répond l’orateur, il ne demande pas d'apprentissage.

Transition. Dans le métier militaire, « on fait son chefd'œuvre en même temps que son coup d’essai »; le métier de peintre au contraire exige de longues études.

3° Fabre développe alors; en vingt pages, un éloquent parallèle entre le mérite du peintre ou du sculpteur et celui du général. Cette dernière partie, de beaucoup la plus considérable, doit être regardée comme le véritable sujet. On sait que Courier traite une quéstion qui lui tient à cœur.

IL va sans dire que Fabre donne en tout point la supé-

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