‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 211 sur 264 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

quelle ne saurait croire Madame d’Albaay. Voilà certes un jugement vraiment neuf à cette époque.

Mais que dirons-nous du sophismerelatifà la guerre: nous sommes moins guerriers qu’on ne le fut sous Louis XIV ? Si la guerre se fit peut-être plus méthodiquement au xvi1° siècle, si l’art de défendre les places, admiré de Fabre, fut poussé par Vauban au suprême degré, qui de nous n'admirerait bien plus les foudroyantes campagnes de Napoléon que les savantes manœuvres des Catinat et des Villars?

Personne ne conteste que l'Empereur n'ait rendu la guerre plus savante, plus meurtrière et plus décisive ; et, pour ses adversaires, ils n'étaient pas tous des mazetles, puisque finalement les Koutousoff, les Schwarzenberg, les Blücher et les Wellington ont eu raison de lui‘.

Reste à juger cette furieuse offensive dirigée contre le mcrite du général opposé à celui de l'artiste. Sans doute, l'apprentissage du métier de peintre est plus long; nul n'a pu animer la toile ou le marbre sans de longues et minutieuses études. Au contraire, Hoche, Masséna, Gouvion-Saint-Cyr et beaucoup d’autres se sont, pour ainsi dire, improvisés généraux, ou du moins ont acquis en très peu de temps les connaissances nécessaires pour conduire des armées.

Mais Fabre, bon juge des difficultés de son art, prouve surabondamment qu'il n’entendait rien à la carrière des armes. Ne semble-t-il pas admettre qu'il suffit de rencontirer l'ennemi pour être vainqueur? Sans‘doute il est aveuglé par cette idée que parfois des généraux ont eu des bonnes fortunes inouïes qui les dispensèrent d’avoir du talent.

! Fabre met en doute qu’ilexiste un artdela guerre. Mais d’ailleuts il reconnaît implicitement l'existence de cet art, puisqu'il dit que, de son temps, la moitié de cet art est perdue. Edit. Sautelet, p. 215.

Mais cette chance fut passagère et sans retour; et l’on cite de bons généraux qui, malgré du savoir, de l'étude et de sérieuses qualités ont été souvent battus. Ne fut-ce point le cas de Macdonald etde Reynier?

Au fond, la discussion instituée par Courier est assez puérile; trop différentes sont les conditions dans lesquelles s'exercent les talents d’un peintre ou d’un chef d'armée pour que le parallèle ait un intérêt réel. Le chef-d'œuvre d’un peintre est le fruit d’un travail solitaire : il a seulement un modèle sous les veux, à la main des couleurs et un pinceau; le général a pour collaborateurs non seulement ses lieutenants, son chef d'état-major, mais aussi tous ses soldats. D'ailleurs, pour avoir su se servir du courage et des talents de tout ce monde, la victoire qu’il remporte, quand il triomphe, n’en est pas moins brillante. Mais on voit que cetle comparaison est sans valeur parce qu'elle oppose des arts qui n’ont aucune ressemblance, aueun lieu dans la nature des choses. C’est donc un long paradoxe que soutient Fabre, et qui semble inspiré surtout par la haine des artistes ou des rèveurs pour les « {raipeurs de sabre ».

Courier a voulu donnerà cetteconversalion l'allure d’une sorte de dialogue socratique; rien de plus conforme à ses habitudes d'esprit que de songer à couler ses idées dans un moule antique, car on sait que rien ne tente plus son goût que limitation des Grecs. L’Eloge d'Hélène, le Ménélas après la fuite d'Hélène, nous ont assez prouvé ce que j'avance. Même lorsque le sujet n’est pas emprunté aux auteurs d'Athènes, on sent encore la préoccupation de faire penser à eux ou de rappeler leurs procédés de composition el de style. Ainsi, dans les Conseils à un Colonel, dès le dé but il est question de Socrate, dont Courier va tenir le rôle, tandis que son interlocuteur fera celui de Chéréphon. [ci encore, il essaie de faire un pastiche d’un dialogue de Platon. Mais, quoique l'élève soit habile, on ne retrouve

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